Des objets à risques. Alors que les secours œuvrent encore à Crans-Montana, où un incendie dans un bar nocturne a causé la mort d’une quarantaine de personnes et 115 blessés en pleine fête du Nouvel An ce jeudi, un pompier alerte sur les risques d’incendie liés aux bougies-étincelles, très fréquentes dans les lieux nocturnes. Les autorités du canton du Valais, qui ont annoncé avoir ouvert une instruction pour « incendie », ne s’avancent pas dans l’immédiat sur les causes du drame, mais plusieurs témoignages concordent sur l’éventuelle cause du sinistre. Ces témoignages diffusés par différents médias suisses, français et italiens ont indiqué que des bougies étincelles fixées sur des bouteilles brandies par une personne juchée sur les épaules d’une autre avaient provoqué l’incendie en touchant le plafond. Ces mêmes témoins ont précisé qu’il s’agissait d’un « show » habituel dans l’établissement. Des flammes nues interdites en France Or, l’usage de ces bougies-étincelles doit être strictement encadré, indique le sapeur-pompier David Audisio auprès de l’AFP : « On peut les utiliser dans des conditions très strictes. Toute flamme nue, toute source d’initiation d’incendie, est strictement interdite dans les établissements recevant du public en France. » « Si d’aventure, on doit l’utiliser pour X ou Y raison, pour un spectacle… Ça demande des mesures compensatoires et dérogatoires qui sont de nature à éviter le drame », avance le chef de service prévention contre les risques d’incendie dans les établissements recevant du public dans le Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) de l’Ain, qui a travaillé cinq ans en Suisse. « Dans les établissements recevant du public, si les matériaux de décoration, entre autres, ne sont pas conformes à la réglementation, ces bougies mettent le feu à des matériaux qui sont souvent gorgés de matières chimiques et qui dégagent des gaz très toxiques tels que l’acide cyanhydrique ou l’acide sulfurique, qui tuent les victimes très, très rapidement », avance le sapeur-pompier. « J’avais étudié le temps de survie, je crois que c’est 2 ou 3 minutes dans ce type de fumée (...) Si vous ne partez pas tout de suite ou s’il y a un effet de panique qui retarde l’évacuation, vous n’arriverez même pas à la sortie de secours », alerte David Audisio. Un règlement « très clair » En principe, les lieux festifs comme le bar Constellation, théâtre de l’incendie tragique de cette nuit , doivent appliquer des règles bien définies, poursuit David Audisio. « Ce sont des bars de nuit, c’est limite des discothèques… Donc là, le règlement est très clair : il ne doit pas y avoir de flammes nues, ni d’étincelles, ni de quoi que ce soit », insiste le sapeur-pompier. « Ensuite, c’est l’utilisation de matériaux qui respectent une réaction au feu qui soit conforme à la réglementation, c’est-à-dire des matériaux qui, en se consumant, ne dégagent pas de gaz toxiques et inflammables et ne propage pas l’incendie. Et après, c’est les mêmes règles que dans tous les établissements recevant du public, c’est-à-dire un désenfumage qui fonctionne, des issues de secours qui sont libres, vacantes et utilisables en tout temps et puis un éclairage de sécurité performant », développe-t-il. Le sapeur-pompier confie que les interventions de ses services sont fréquentes dans les bars et boîtes de nuit, où les normes de sécurité ne sont pas toujours appliquées. « On sait quand on a ce type d’événement dans un établissement festif, (…) ça veut dire qu’il y a eu forcément, à un moment donné, des règles qui n’ont pas été respectées et que les conséquences ont de fortes chances d’être dramatiques », appuie-t-il. « Une des pires tragédies » « Il nous arrive fréquemment de faire de petites interventions dans ce genre d’établissement, qui nous laissent toujours perplexes sur notre capacité à édicter des réglementations et à les faire respecter et aux conséquences que ça génère quand elles ne sont pas respectées », poursuit David Audisio. Après l’incendie, le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, a déploré « une des pires tragédies » que son pays ait connue. De nombreuses autres discothèques et bars nocturnes ont été touchés par de graves incendies causés par des engins pyrotechniques par le passé, comme en mars dernier, où une soixantaine de personnes ont perdu la vie dans un incendie d’une discothèque de Macédoine du Nord. En France, en 2016, quatorze personnes ont perdu la vie dans un incendie causé par des bougies d’anniversaire dans le sous-sol d’un bar reconverti illicitement en boîte de nuit. Les gérants ont été condamnés à trois ans de prison ferme après le drame.