Début 1962, la star de 27 ans demande à passer à « Cinq Colonnes à la une », la grande émission d’actualité du petit écran. Pierre Desgraupes, le grand manitou du programme, hésite. BB ne veut pas parler d’elle mais des conditions épouvantables d’abattage des veaux à la Villette. Il trouve que ce symbole sexuel ne colle pas à des images aussi dures. Brigitte Bardot, décédée de dimanche à l’âge de 91 ans, sait déjà que les bêtes sont sa raison de vivre. L’actrice pousse ce 5 janvier son premier coup de colère . Face caméra, en gros plan, la jeune femme apparaît modérée, timide, s’excuse d’être « une très mauvaise avocate », comprend que les gens mangent de la viande, mais demande qu’un pistolet d’étourdissement abrège les souffrances des bêtes, comme dans certains pays européens. Elle tient tête à deux employés d’abattoirs au sourire condescendant, se tord les doigts, expose sa fragilité, sa douleur plus que sa colère, et crève l’écran. Deux ans plus tard, le ministre de l’Agriculture lui donne raison en imposant ces pistolets qui étourdissent avant la saignée. Première et discrète victoire. Bardot au service des animaux, ce n’est pas une seconde vie. C’est la sienne, depuis toujours. Elle n’a jamais aimé sa carrière, mais ce rôle de protectrice des faibles n’était pas de composition. Très tôt, l’interprète de « la Vérité » est suivie, sinon par les politiques et le grand public, du moins par des personnalités qui comptent. En 1968, la romancière Marguerite Yourcenar — qui deviendra la première femme à entrer à l’Académie française, en 1980 — lui écrit. Installée au nord des États-Unis, elle veut sensibiliser l’icône à « l’horrible massacre annuel des phoques dans les eaux canadiennes, et surtout la mise à mort atrocement cruelle des jeunes phoques ». Courrier capital, presque dix ans avant l’opération médiatique de BB en Arctique. Ses premiers stages à la SPA, sa volonté d’en découdre avec une société qu’elle trouve inhumaine envers les non-humains : la révoltée a tout appris en cinquante ans d’engagement. En 1977, elle est moquée lors de son coup de force au Canada, sur la banquise, pour témoigner des massacres de phoques prisés pour leur fourrure devenant manteaux portés par les « connes », comme elle dit. Une mauvaise langue parle de « croisade-croisière ». De retour en France, elle écrit au président de la République, Valéry Giscard d’Estaing . La France décide d’interdire l’importation de fourrure de jeunes phoques. L’Union européenne suit en 1983. Trois ans plus tard, la spécialiste des coups et déclarations à l’emporte-pièce se structure en créant sa Fondation. L’année d’après, elle abandonne sans retour sa première peau, celle de star, en vendant pratiquement tout ce qu’elle possède, jusqu’à la robe de son mariage avec Roger Vadim, pour financer ses projets : la mise aux enchères rapporte l’équivalent de plus de 500 000 euros. « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux », déclame-t-elle devant un aréopage de caméras. La Fondation Brigitte Bardot est aujourd’hui présente dans 70 pays.