« Allaient-ils nous tirer dessus ? » : le jour où les joueurs ivoiriens ont fini dans un camp militaire après une élimination à la CAN

Les joueurs du Gabon peuvent souffler. Si la sélection des Panthères a été suspendue par le gouvernement après son élimination prématurée, dès le premier tour de la Coupe d’Afrique des nations 2025 , Pierre-Emerick Aubameyang et ses coéquipiers peuvent se réjouir de ne pas avoir vécu pire mésaventure. Les joueurs de la Côte d’Ivoire présents lors de la CAN 2000 ne pourront pas en dire autant. Présents dans le « groupe de la mort » de la compétition avec le pays hôte le Ghana, le futur pays vainqueur le Cameroun, et le Togo, les Éléphants finissent troisièmes avec 4 points et disent déjà adieu à la compétition, le statut de meilleur troisième n’existant pas encore. De quoi faire entrer le président Robert Gueï dans une colère noire. Intronisé quelques semaines plus tôt après un coup d’État, le général prend une décision radicale. Il décide d’envoyer les joueurs dans un camp militaire à Yamoussoukro, alors même qu’ils pensaient monter dans un avion qui les mènerait à Abidjan, la capitale. « On n’en revenait pas car on n’avait jamais vécu ça, expliquait alors au Parisien Lassina Diabaté, joueur de Bordeaux (1997-2001). Dans un pays qui, soi-disant, tend vers la démocratie, ça nous a vraiment choqués. On se demandait ce qui allait se passer. J’ai eu peur. » Aucun lien avec l’extérieur Privés de téléphone et de passeport, les internationaux ivoiriens, forcés à marcher au pas, sont coupés du monde et obligés de suivre un programme destiné à leur inculquer « la discipline » et « l’honneur de défendre les couleurs » de leur pays. « À 7 heures et demie le matin, il fallait saluer les couleurs. Ensuite, on devait suivre des cours de civisme… », détaillait le milieu de terrain alors âgé de 26 ans. « Mais nous nous sommes rebellés, poursuivait Diabaté. Chacun n’en faisait qu’à sa tête, et moi, j’ai refusé de suivre ces cours. On a demandé aux gardes qui étaient armés ce qu’ils feraient si on refusait de se soumettre à ce qu’ils nous demandaient. Allaient-ils nous tirer dessus ? Ils ne nous ont pas répondu, mais nous nous sommes quand même sentis menacés. C’était une folie, on ne comprend pas pourquoi on a été internés. Dans le sport de haut niveau, il faut savoir accepter la défaite. » La menace d’un service militaire complet Relâchés après deux jours et deux nuits en enfer, les Éléphants font face à Robert Gueï, qui ne manque pas, face caméra, de leur faire un discours critique. « Quand on aime son pays, les pieds doivent jouer, mais le cœur aussi. Les prestations que nous venons de voir à l’écran ne sont vraiment pas les prestations que nous étions en droit d’attendre de vous. Si prochainement, vous partez pour honnir le pays comme vous l’avez fait, vous resterez pendant le temps de la durée de votre service militaire (18 mois) », lançait le général. Une menace prise au sérieux par Lassina Diabaté « Maintenant on va tous réfléchir à deux fois avant de revenir en sélection… », soufflait-il. Mais pas de quoi empêcher les Éléphants de reproduire cette contre-performance : ils manqueront la Coupe du monde 2002 et finiront par se faire éliminer la même année lors de la CAN… dès le premier tour. Le sort ne sera pas mieux pour Robert Gueï, qui perdra les élections présidentielles de 2000 et sera retrouvé assassiné, lui et toute sa famille, deux ans plus tard.