Cyclo-cross : comment Troyes organise un Championnat de France sans faire payer l’entrée ?

Il y a un an à Pontchâteau (Loire-Atlantique), les spectateurs des Championnats de France de cyclo-cross ont déboursé 15 euros pour deux jours. En janvier 2014, à Camors (Morbihan), l’entrée était à 10 euros pour le week-end. Et à Troyes (Aube), où ils se déroulent ce samedi 10 et ce dimanche 11 janvier ? Réponse : rien à débourser pour accéder au complexe Henri-Terré afin d’encourager les meilleurs cyclo-crossmen de l’Hexagone dont les champions de France élites, Clément Venturini et Amandine Fouquenet . « Pas besoin de ticket, venez comme vous êtes ! » : c’est le slogan choisi par les organisateurs des Championnats de France 2026 pour évoquer cette gratuité tout au long du week-end. Clément Philippon, le président du comité d’organisation, n’a pas eu le temps de parcourir les archives des précédentes éditions mais cela fait belle lurette que des « France » de cyclo-cross n’avaient pas été gratuits. « On n’a pas le droit de ne pas offrir ce spectacle » C’est en effet l’une des marques de fabrique de l’épreuve troyenne depuis ses débuts il y a moins de dix ans. Qu’il soit de niveau régional, national avec plusieurs manches de Coupe de France ou international avec la Coupe du monde en 2023, le rendez-vous se veut avant tout populaire. « Je pense que cela fait plus de vingt ans qu’un Championnat de France n’a pas été gratuit, dixit Clément Philippon. Si on y parvient, c’est grâce aux collectivités qui ont compris que c’était important de laisser l’accès libre au circuit. Elles nous aident de façon généreuse, ce qui nous permet de boucler le budget. » À Troyes, le budget des Championnats de France dépasse les 200 000 euros. En novembre 2023, la manche de Coupe du monde organisée dans l’Aube avait accueilli plus de 10 000 spectateurs sur une seule journée. Fin novembre 2024, le week-end de Coupe de France avait vu défiler au moins 5 000 personnes. Bref, c’est d’une manne non négligeable que les organisateurs se privent en connaissance de cause. Vice-présidente du conseil départemental notamment en charge des sports, Sibylle Bertail-Fassaert, est au diapason : « On n’a pas le droit de ne pas offrir ce spectacle aux gens », assumait l’élue lors de la présentation officielle du rendez-vous. « Par-delà l’aide des collectivités, on a aussi de plus en plus de partenaires privés, complète Clément Philippon. Tant qu’on pourra le faire, le cyclo-cross de Troyes sera gratuit. » Collectif Métissé en concert le dimanche 11 janvier Indirectement, les organisateurs troyens mettent un petit coup de pression à leurs successeurs. « La Fédération française de cyclisme est contente que l’on fasse ça mais les autres organisateurs qui sont obligés de faire payer l’entrée pourraient avoir des remarques de leurs collectivités sur le fait qu’à Troyes, on parvient à faire l’entrée gratuite. C’est notre choix et la Fédération le respecte. » Pragmatiques, les organisateurs troyens justifient aussi leur décision par la configuration du site. « Il faut prendre en compte le coût qu’engendrerait le bouclage du complexe Henri-Terré. Si on fait le calcul, on est gagnant avec la gratuité des entrées. Comme ça, tout le monde viendra faire la fête. » Dans le domaine, les Championnats de France à la sauce troyenne innovent. Traditionnellement, le créneau entre midi et 14 h du deuxième jour est très calme. Pour combler ce vide, un concert d’une heure de Collectif Métissé (« Laisse-toi aller bébé », « Laisse tomber tes problèmes » …) aura lieu du côté de l’espace restauration. « L’an passé, aux Championnats de France à Pontchâteau, on s’est aperçus le dimanche qu’il ne se passait rien pendant ces deux heures. Les gens avaient payé 15 euros et étaient assis sur des bancs à attendre. C’est là que l’idée du concert nous est venue. Avec Collectif Métissé, cela nous fera un peu de chaleur en janvier ! », s’amuse Clément Philippon. Est-il utile de préciser qu’il faudra débourser la colossale somme de… zéro euro pour assister au show ?