La crise ne finit pas de s’intensifier au Gabon. Éliminée dès la phase de groupes de la Coupe d’Afrique des nations 2025 avec zéro points en trois matchs, la sélection gabonaise a eu la surprise de se voir suspendue par le gouvernement jusqu’à nouvel ordre, en plus de la mise à l’écart de Bruno Ecuele Manga et Pierre-Emerick Aubameyang ainsi que la dissolution de son staff. Une décision qui s’apparente à un acte d’ingérence et qui pourrait coûter très cher à la FEGAFOOT. Les lois édictées par la Fédération internationale de football association (Fifa) se veulent en effet très strictes en la matière. L’alinéa i de l’article 14 oblige notamment ses associations membres à « diriger leurs affaires en toute indépendance et veiller à ce qu’aucun tiers ne s’y immisce ». Un point de règlement confirmé par l’article 15 qui demande à « garantir l’indépendance et éviter toute forme d’interférence politique ». Des sanctions qui impliqueraient, si elles venaient à être appliquées pour le Gabon, de ne plus pouvoir disputer de rencontres et de compétitions organisées par la Fifa jusqu’à nouvel ordre. Les Panthères ne sont pas qualifiées pour le Mondial 2026, De nombreuses fédérations déjà sanctionnées Ici, l’ingérence gouvernementale est explicitée et pourrait donc pousser la Fifa à prendre des mesures. Les articles 16 et 17, qui concernent les sanctions à appliquer, assurent que le Conseil de l’instance peut, sans vote du Congrès, « suspendre temporairement avec effet immédiat toute association membre qui contreviendrait gravement à ses obligations ». La condamnation pourrait même aller jusqu’à une exclusion en cas de « violation grave des Statuts, des règlements ou des décisions de la Fifa », mais seulement après un vote du Congrès cette fois-ci. Probablement alarmé après avoir pris connaissance de cette possibilité, le gouvernement du Gabon avait fini par supprimer son communiqué annonçant la suspension de la sélection. Ce qui n’a pas empêché le responsable des Sports de confirmer, par la voie orale cette fois, les décisions au cours d’une annonce télévisée le 1er janvier. Mais cette histoire est loin d’être un cas isolé. Encore récemment, la Fédération congolaise de football avait été suspendue par la Fifa entre février et mai 2025, pour « un problème particulièrement sérieux d’ingérence ». Elle visait la constitution d’un comité ayant pris le contrôle de la Fécofoot, constitué par le ministre des Sports Hugues Ngouélondélé, pour diriger la fédération. Interdite de compétition, la sélection avait vu ses rencontres de qualifications pour la Coupe du monde 2026 contre la Tanzanie et la Zambie annulées, la poussant davantage vers une élimination. Le Kenya a également vécu la même situation à plusieurs reprises, obligeant la Fifa à suspendre sa fédération en 2004, 2006 et 2022, tout comme le Koweït (2007, 2008, 2015), le Brunei (2009-2011), la Sierra Leone (2008), Madagascar (2008), l’Irak (2009), l’Indonésie (2015) ou encore le Guatemala (2016). La jurisprudence camerounaise Au Cameroun, l’implication du gouvernement dans la vie de la fédération frôle régulièrement l’ingérence , pour ne pas dire plus. Le ministère des Sports est, à titre d’exemple, le principal décideur dans le choix du sélectionneur des Lions Indomptables. La Fécafoot et son président Samuel Eto’o s’étaient notamment soulevés après l’intronisation de Marc Brys à la tête de son équipe en avril 2024. « La Fédération camerounaise de Football a appris, au même moment que l’ensemble des Camerounais, la nomination à des postes de responsabilité au sein de la Sélection Nationale Seniors de football masculin. La Fecafoot marque son grand étonnement face à cet acte (…) », avait-elle écrit dans un communiqué. Quelques jours avant la CAN 2025, l’entraîneur belge a été démis par la fédération, mais pas par le gouvernement avec qui il se dit encore sous contrat. « Tant qu’il n’y a pas une note signée de la Présidence de la République nommant David Pagou, le sélectionneur des Lions Indomptables, aux yeux de l’État du Cameroun, reste M. Marc Brys. Cela ne se discute pas, et c’est ainsi au Cameroun depuis 30 ans au moins », avait alors expliqué Marc Brys sur TV5 Monde. Pourtant, jamais la Fifa ne s’est mêlée officiellement aux débats malgré un conflit ouvert entre la Fédération camerounaise de football et le gouvernement. Reste à savoir si l’instance dirigée par Gianni Infantino choisira d’ouvrir les yeux sur la situation au Gabon.