Les aides de pays européens affluent, notamment grâce à un centre de coordination basé à Bruxelles. Le 12 novembre, le Conseil fédéral annonçait pourtant reporter l’adhésion à ce mécanisme européen L’élan de solidarité ne faiblit pas. Alors que les efforts d’identification des corps se poursuivent et que les hôpitaux suisses sont en effervescence, les annonces d’aide de pays européens se multiplient. La France, l’Allemagne et l’Italie ont déjà accueilli des victimes souffrant de graves brûlures, la Pologne est prête à faire de même. «A la demande de la Suisse, nous sommes prêts à fournir des soins médicaux spécialisés à 14 blessés dans des hôpitaux polonais», a indiqué le premier ministre, Donald Tusk, sur X, vendredi . La veille, la Belgique, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, annonçait pouvoir «prendre en charge dans ses hôpitaux cinq patients en trauma grave (grands brûlés) et deux patients en soins midcare ». Quatre victimes de Crans-Montana ont été transférées vendredi matin vers la Belgique alors qu’une équipe médicale d’appui belge composée de cinq personnes spécialisées dans le traitement des plaies est prête à partir en Suisse. Au total, une cinquantaine de blessés ont ou vont être transférés vers des pays européens, a déclaré en début d’après-midi, Mathias Reynard, président du Conseil d’Etat valaisan. Ces soutiens s’opèrent dans le cadre du «mécanisme de protection civile de l’UE» (UCPM, en anglais) , logiquement actionné par la Suisse, comme n’importe quel pays ou organisation internationale peut le faire lorsque ses capacités de réaction sont dépassées par une situation d’urgence. Un centre basé à Bruxelles Logiquement? Pas tout à fait. Ce mécanisme permet des réponses rapides aux catastrophes sur le continent mais également hors d’Europe. Son Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC), qui dépend de la Commission européenne, est basé à Bruxelles. C’est à lui que la Suisse s’est adressée pour solliciter des moyens humains et matériels, allant d’avions de transport à des équipes de police scientifique. Outre les 27 pays de l’UE, des Etats tiers participent au mécanisme: l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’Islande, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro, la Norvège, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine. Mais pas la Suisse. Pas plus tard que le 12 novembre dernier, l e Conseil fédéral décidait de suspendre les démarches lancées pour y prendre part . Motif invoqué: les bases légales actuelles ne le permettraient pas et le gouvernement suisse préfère attendre une révision du règlement ad hoc de l’UE. «Compte tenu de la situation juridique des Etats tiers de l’UE tels que la Suisse, il n’est pour l’heure pas possible de participer à l’UCPM. L’UE ne dispose pas de bases légales permettant à un Etat tiers comme la Suisse d’intégrer le mécanisme», précise le communiqué de façon sibylline. La mise en œuvre de la motion demandant à la Suisse d’y adhérer, que le Conseil fédéral et le parlement ont bien approuvée, est donc reportée. Dès lors, «l’accès aux prestations clés telles que les réseaux de connaissances et le programme de formation est limité», souligne le communiqué. Une adhésion suisse coûterait 10 millions de francs par an. Mais le fait de ne pas participer officiellement à ce mécanisme, qui reste méconnu du grand public, ne constitue a priori pas un frein à l’aide déployée pour les victimes de Crans-Montana, nous glisse-t-on. Le dispositif permet notamment de «mutualiser l’expertise et les capacités des premiers intervenants, d’éviter le dédoublement des efforts de secours et de garantir que l’assistance réponde efficacement aux besoins des personnes touchées». Un nombre important de grands brûlés La tragédie démontre à quel point l’aide de pays tiers est indispensable en raison du nombre important de grands brûlés. A l’AFP, François Depret, le responsable médical du Centre de traitement des brûlés à l’hôpital Saint-Louis AP-HP de Paris, assure qu'«aucun pays n’est capable d’accueillir une centaine de patients dans des centres spécialisés dans les brûlures». D’où la nécessité de les répartir dans plusieurs pays en plus des moyens à disposition en Suisse. Depuis 2001, le mécanisme de protection civile de l’UE a été activé à plus de 820 reprises au sein et hors de l’UE. Cela a notamment été le cas dans le cadre de la guerre en Ukraine, pour les tremblements de terre en Turquie et en Syrie survenus en 2023, pendant la crise sanitaire du Covid-19 (2020-2022) ou encore pour faciliter des rapatriements d’Afghanistan en 2021.