Dans un « western romanesque », l’auteur Yvan Robin revient sur une rixe légendaire à Jonzac

Rixe, baston, pugilat : la langue française regorge de synonymes pour décrire ces chicaneries qui égaillent ou détruisent la nuit, les bars et les adeptes de la castagne. Avec « Bagarre » ( éditions In8, 96 pages, 8,90 euros ), son dernier ouvrage, l’auteur Yvan Robin revient avec minutie sur une échauffourée légendaire en Charente-Maritime. La scène aurait pu se jouer n’importe où en France, à l’aube de l’an 2000. Elle s’est déroulée à Jonzac (Charente-Maritime), modeste cité thermale de 3 500 habitants, entre le samedi 2 et le dimanche 3 octobre 1999. Cette nuit-là, des « portiers » et copains réunis « par hasard » (des agents de sécurité, dirions-nous aujourd’hui) avaient affronté des « voyageurs manouches » du coin, dans et aux abords du Canotier, rade apprécié à l’époque pour ses soirées karaoké. Un autre temps, résume Yvan Robin : « C’était avant les télé-crochets . Les meilleurs pouvaient gagner de l’argent. » Cocktail gagnant : le Canotier attirait les talents, les filles, les jeunes et… les embrouilles. Natif de Jonzac, Yvan Robin avait 16 ans à l’époque et n’a jamais oublié cette histoire improbable. « J’y suis passé le lendemain, je me souviens des dégâts. Les gens parlaient d’une bataille de tronçonneuses », sourit l’auteur. Un « tunnel de violence » Pour narrer ce « western romanesque » et rétablir un semblant de vérité, Yvan Robin a retrouvé « une trentaine » de protagonistes : des clients et des bagarreurs de chaque « camp » en passant par le disc-jockey et le patron du Canotier, décédé l’été dernier. Leurs récits, patiemment recoupés, offrent une lumière crue sur la mécanique d’un banal fait divers, où tout aurait pu basculer. Entamée avec des poings couverts de bagues et des visages habitués à encaisser les coups, l’altercation s’était poursuivie avec des couteaux, des serpettes et une batte de base-ball avant que n’apparaissent des armes à feu de part et d’autre. « Dans cette histoire, chacun avait l’impression d’être dans son droit, d’agir pour son honneur. Pris dans un tunnel de violence, ils étaient prêts à tuer. Ils n’attendaient plus qu’une chose : que ceux d’en face tirent les premiers », assure Yvan Robin. L’intervention timorée de la gendarmerie évitera finalement un carnage (mais pas le saccage du rade). « Selon les versions, on est au maximum sur 42 points de suture », rapporte l’auteur. Cette bagarre débouchera sur des peines de prison avec sursis pour une poignée de gros bras. Sans parti pris, Yvan Robin parvient à restituer l’air du temps, les mots et les clichés qui prévalaient alors. Un roman vrai, réussi.