À 16 et 23 ans, Lola et Lou rallument l’écran de l’Olympic en Auvergne pour ne pas « perdre leur père une deuxième fois »

L’écran aurait pu s’éteindre définitivement. Il s’est rallumé par amour. Au Mont-Dore ( Puy-de-Dôme ), petite commune auvergnate de montagne, le cinéma Olympic a retrouvé son grand écran et son souffle. Pourtant rien n’était acquis. Fin août, Jean-Marie Leoty, exploitant du lieu depuis plus de trente ans, disparaissait brutalement. Un choc pour toute la famille. En quelques jours, sa fille Lou, sa sœur Lola et leur mère Aurélie Battut décident malgré tout de reprendre le flambeau, comme une évidence. « Laisser tomber l’Olympic, c’était comme perdre notre père une deuxième fois », lâche Lou Leoty, elle-même étudiante en Master 2 de cinéma et critique de films. « Ce lieu, c’est lui. Et c’est nous aussi. Le rouvrir, c’était presque vital. On s’est vraiment dit que c’est ce que notre père aurait voulu ». Depuis 1942, l’Olympic éclaire la vie culturelle du Mont-Dore, ville thermale du Sancy et station de sport d’hiver éloignée des grandes villes. Quand Jean-Marie Leoty en reprend les clés en 1994 en jeune homme passionné, il en fait bien plus qu’un cinéma : un repère dans la ville. Il y consacre sa vie, ses soirées, son temps libre, parfois au détriment du reste. Ses filles y ont grandi, dans les travées et l’odeur du pop-corn chaud. « Nos souvenirs de famille sont ici. On venait le voir travailler, on regardait des films ensemble. Il nous a transmis sa passion, sans jamais forcer. » La cadette aux réseaux sociaux, l’aînée à la programmation Quand le drame survient au cœur de l’été dernier, la réalité les rattrape, brutale. À peine le temps des funérailles et déjà une décision à prendre : fermer, ou continuer. « Bien sûr, il y a l’aspect économique, la peur de ne pas être à la hauteur. Mais surtout, il y a l’intime. Faire vivre ce cinéma, c’est une manière de traverser le deuil, d’accueillir à nouveau de la vie », explique l’aînée. Désormais, Lola, 16 ans, lycéenne en option cinéma, gère les réseaux sociaux de l’Olympic, l’affiche, les vidéos, la création visuelle. Lou, 23 ans, imagine la programmation culturelle, établit des partenariats et poursuit ses études en parallèle. Et leur maman, Aurélie, cadre chez Michelin, assure désormais la gérance, jonglant entre son métier et ce nouveau rôle inattendu. « Tout se fait à trois. Ce n’est pas simple. On se soutient, on doute, on avance ensemble. » Depuis la réouverture officielle, le 13 décembre, le petit cinéma retrouve peu à peu son public. Les filles débordent d’idées pour faire vibrer encore longtemps l’âme de la petite salle. Festivals jeunesse, ciné-goûters, débats, courts-métrages, séances-rencontres avec des réalisateurs : la famille prépare l’avenir et veut transformer les lieux en un foyer culturel vivant. Des travaux et des financements sont déjà étudiés pour moderniser la salle de 180 places, améliorer la qualité sonore et rénover le hall. « En 2024, l’Olympic a réalisé 10 000 entrées. On ne peut pas laisser tomber », insiste Lou, qui ne se résigne pas à voir le mot FIN sur le grand écran.