Avant même de poser un pied sur la pelouse de Nice, où Strasbourg lance son année 2025 ce samedi, le Racing est déjà embourbé dans une crise interne. La faute à un licenciement… en Angleterre, où Enzo Maresca a été remercié par Chelsea. Le rapport avec les Alsaciens ? Le fonds d’investissement BlueCo , qui détient les deux clubs et devrait, selon toute vraisemblance, piocher dans le banc strasbourgeois pour remplacer celui qu’il a viré. Qui est Liam Rosenior ? Arrivé à la Meinau en juillet 2024 , le Britannique était présenté par son président Marc Keller comme « un jeune entraîneur reconnu pour sa capacité à bien faire jouer ses équipes et faire progresser ses joueurs ». Deux traits que le quadragénaire (41 ans) a confirmés sur ses 17 mois en Alsace, où BlueCo lui a offert des moyens financiers inédits pour attirer des pépites. Septième de Ligue 1 après son premier exercice, il a ramené Strasbourg en Europe pour la première fois depuis 20 ans. Surtout, des jeunes pousses comme Valentin Barco, Guéla Doué (frère de Désiré) ou Andrey Santos ont explosé pour devenir des références du championnat. « C’est un très bon entraîneur de Ligue 1, estime Valentin, abonné à la Meinau depuis presque quinze ans. Il a fait beaucoup avec des très jeunes joueurs. Pour la première fois depuis qu’on est remontés (2017), on jouait vraiment bien et on n’avait plus de complexe d’infériorité contre les gros. » En témoignent les affrontements face au PSG . En mai, les Alsaciens avaient défait les futurs champions d’Europe (2-1) et ont failli réitérer en octobre en concédant un spectaculaire nul 3-3 au Parc des Princes. Pourquoi parle-t-on de lui à Chelsea ? Ces performances ont attiré l’œil des dirigeants de Chelsea, la maison mère. Cinquièmes de Premier League et largués dans la course au titre, les Blues ont licencié Enzo Maresca pour créer un électrochoc. Et ont regardé du côté de Strasbourg pour une solution de rechange. Et alors qu’il assurait ne pas regarder vers l’Angleterre à la mi-septembre, le discours de Rosenior a radicalement changé depuis, avec une conférence de presse nébuleuse ce vendredi. « Dans la vie, il y a zéro garantie. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Je ne veux pas garantir la durée pendant laquelle je serai ici. » Une langue de bois assumée qui renforce les suspicions de départ vers l’Angleterre, où le jeu qu’il pratique et sa capacité à faire progresser les jeunes joueurs intéressent. Pourquoi son départ probable crée-t-il une polémique ? Les mouvements entre les deux clubs sont monnaie courante dans la multipropriété. Chelsea prête plusieurs jeunes en Alsace chaque année et les meilleurs intègrent l’effectif anglais chaque été. Le capitaine Emmanuel Emegha a même déjà donné son accord pour traverser la Manche dès l’été prochain. « Mais jusqu’ici, la multipropriété servait les intérêts des deux clubs. Strasbourg récupérait de bons joueurs et servait de pouponnière, observe Loïc Ravenel, économiste au Centre international d’études du sport. Là, les masques tombent. Strasbourg devient un club vassal, où il sert les intérêts du grand frère. Peu importe si le coach avait mis en place une politique sportive, il y a un besoin chez le club principal donc on l’exfiltre. » La hiérarchie est donc bien plus claire et Strasbourg n’en sort pas gagnant. Déjà en difficulté en championnat - aucune victoire lors des quatre dernières journées - les Alsaciens risquent d’être encore plus déstabilisés. D’autant plus que des joueurs avaient accepté de venir car Rosenior était à la tête de l’équipe et risquent de se démobiliser. « Souvent, la multipropriété a des intérêts financiers, comme dans le cas OL - Botafogo . Ici, le projet sportif est remis en cause, constate Loïc Ravenel. Certes, Strasbourg a eu de bons joueurs mais pour quelle finalité ? Si ça marche, c’est limite une mauvaise nouvelle puisque les joueurs partent. Est-ce que les supporters veulent être la variable d’ajustement d’un autre club ? » Comment réagissent les supporters ? Eux-mêmes sont les premiers déçus de ce revirement. « On est dégoûtés, on ne sert qu’à améliorer Chelsea, regrette Valentin, notre abonné. On ne peut s’attacher à personne, pas même à l’entraîneur. C’est déprimant parce que nous, on reste alors qu’eux se comportent comme des mercenaires. » Même outre-Manche, la décision a du mal à passer. Les groupes de supporters de Chelsea ont appelé de leur côté à une manifestation contre « le modèle et la stratégie ». Ils regrettent « l’instabilité de l’équipe » et les quatre licenciements d’entraîneurs en quatre ans, conséquence du « chaos managérial ». Surtout, le CV de Rosenior, malgré son passage réussi en France, reste maigre pour un prétendant à la Premier League et la Ligue des champions. « Les attentes sont beaucoup trop élevées pour lui, juge Marin, fan breton du club londonien. Ce n’est pas un coach taillé pour le haut niveau qui nous permettra de progresser. Et puis, en tant que Français, ça nous embête pour Strasbourg, où on pille chaque joueur qui a fait six bons mois pour ne pas le faire jouer chez nous. » Rosenior a cet avantage de savoir qu’il pourra s’exprimer depuis son banc. Mais aussi cette pression - qu’il n’a jamais eue à Strasbourg - d’un possible licenciement précoce en cas de mauvaise série.