Malgré les nombreuses questions sans réponses autour du drame de Crans-Montana, les établissements festifs se questionnent sur la façon d’éviter qu’un tel événement ne se reproduise. Certains vont interdire les bougies vésuves. A Lausanne, une séance va réunir les acteurs de la nuit La tragédie qui a ravagé le Constellation, à Crans-Montana, est inimaginable. Pourtant, sous une forme ou une autre, de tels scénarios hantent les cauchemars des responsables de lieux festifs ou culturels, même lorsque toutes les règles sont appliquées à la lettre, et même dépassées. «On se pose la question tous les jours, on sait que le risque zéro n’existe pas, que ce soit dans une boîte, un bar, un stade, un théâtre, se confie Thierry Wegmuller, patron du D! club à Lausanne. La pire chose imaginable serait d’avoir une responsabilité dans un tel événement.» Les gérants contactés assurent tous que les normes sont strictes, dictées par des lois fédérales claires, tant sur les issues de secours, les extincteurs ou la formation du personnel, que sur la conformité des matériaux utilisés. «Pour chaque concert, nous devons remplir une vingtaine de pages liées à la sécurité et obtenir une dizaine de signatures des différentes autorités, explique Arnaud Favre, administrateur culturel de Riddes Art et Culture. Nous devons également former tous les staffs, employés ou bénévoles.» Thierry Wegmuller complète: la largeur des portes de sécurité est réglementée et définit la capacité d’accueil maximal; la ventilation est également contrôlée et représente un investissement conséquent; tous les matériaux doivent être ignifugés, et le nombre d’agents de sécurité est également scruté. Tous deux indiquent que ces questions font l’objet d’un suivi hebdomadaire. Lire aussi: Après l’incendie tragique de Crans-Montana, tout accuse les gérants du Constellation Vérifier la conformité, entre paperasse et terrain «C’est très contraignant, oui, mais évidemment très utile, reprend Arnaud Favre, également président de la Conférence des responsables aux Affaires culturelles des villes et du canton du Valais. Mais l’application concrète de ces règles, c’est vrai, dépend en partie de la bonne volonté de chacun, par exemple pour prendre l’initiative de signaler aux pompiers d’éventuels décors éphémères ou travaux effectués. Nous le faisons systématiquement, évidemment, mais des non-conformités ne seraient pas forcément toujours visibles au premier coup d’œil.» L’écart entre les dossiers et le terrain, tel sera donc l’un des éléments les plus scrutés ces prochaines semaines à tous les niveaux, dans l’enquête pénale menée en Valais, mais aussi dans les lieux qui n’ont pas connu un tel drame. A Lausanne, une séance collective sera organisée début janvier par la ville, en collaboration avec l’organisation Label nuit, dont Thierry Wegmuller est vice-président. Seront conviées les discothèques, mais aussi tout autre lieu nocturne susceptible d’accueillir des événements ponctuels. «Quand on est confronté à une telle catastrophe, la responsabilité de chacun est de réduire les risques dans son domaine, explique le municipal en charge de l’Economie et de la sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand. Nous allons enjoindre les établissements à vérifier que les règles soient respectées, comme notamment le suivi de la formation des employés, ou d’éviter que du matériel soit entreposé devant une sortie de secours.» Notre suivi en continu: En direct, Crans-Montana – Une instruction est ouverte contre les gérants du Constellation Bougies vésuves bannies avec effet immédiat D’autres réactions n’ont pas tardé après la découverte des premiers éléments du drame. Thierry Wegmuler indique que les bougies vésuves ont été bannies avec effet immédiat dès le 1er janvier, malgré leur légalité, pour se tourner plutôt vers des alternatives LED. La formation concernant l’évaluation pourrait également être étendue: elle est parfois réservée aux agents de sécurité et responsables de bar, comme au D! club, qui l’étendra à tout son staff. Arnaud Favre appelle aussi de ses vœux un tour de vis des autorités, notamment dans les bars festifs, dont les règles sont potentiellement moins lourdes que, par exemple, dans une discothèque ou une salle de concert. «Nous nous tenons toujours à notre capacité maximale. C’est plus facile pour nous, car les spectateurs ont un billet. Dans les bars, le va-et-vient est constant, et on imagine que les aspects financiers peuvent pousser certains à être moins strict sur ces limites.» Une chose est sûre: le drame incommensurable qui a touché la Suisse et au-delà laissera de nombreuses traces, et pourrait déboucher sur des évolutions très concrètes. Retrouvez tous nos articles sur le drame de Crans-Montana