Pour parler à Pierre Perret , il fallait toujours passer par Rebecca, son épouse et manageuse. Nous l’avions encore eue au téléphone en novembre pour envisager une rencontre chez eux, à Nangis (Seine-et-Marne) lors de la sortie d’un nouvel album et d’un nouveau livre prévus au printemps prochain. Ce sera notre dernière conversation avec cette femme aussi chaleureuse que discrète, qui ne voulait pas être photographiée avec son Pierre… Nous avons appris ce lundi matin la disparition de Rebecca par un proche du couple. Elle est décédée dans la nuit de samedi à dimanche à l’âge de 88 ans. L’accordéoniste historique de Pierre Perret, Gilles Lecouty, alias Gilou , est « effondré ». « C’est Pierre qui m’a appelé hier matin, nous dit-il ce lundi du Mans, où il vit. Rebecca n’était pas malade. Elle a fait une mauvaise chute dans des escaliers il y a une dizaine de jours… Elle était son pilier, sa muse, sa manageuse, sa comptable, sa chauffeuse, son éditrice… L’un n’allait jamais sans l’autre, ça va être dur pour Pierre. Il est fort, l’écriture peut le sauver. » Perret va renommer sa femme Simone... Rebecca Entre Rebecca et Pierre, c’est une histoire d’amour de près de sept décennies ! Ils se sont rencontrés au tout de début de sa carrière, en 1957, dans la maison de disques de Perret. Simone Malzaltarim, de son vrai nom, est alors secrétaire chez Barclay. Ils ont une prise de bec à propos du remboursement d’un billet d’avion et Perret l’invite à l’un de ses concerts, à La Colombe. Elle tombe sous son charme. Et inversement. Il a 23 ans, elle a 19 ans, il s’installe très vite chez elle. « Quand j’ai commencé à écrire, j’habitais chez elle, en HLM, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) , nous racontait Pierre Perret en 2021. C’était un peu l’enfer pour travailler, alors j’ai cherché un endroit tranquille, pas trop loin de Paris. » C’est Rebecca qui l’a trouvé en 1964 à Nangis, à la Garde de Dieu, lieu-dit où Jeanne d’Arc avait planté son bivouac en 1429. Auparavant, les deux tourtereaux se marient le 18 août 1962 à Castelsarrasin, la ville natale de Pierre, dans le Tarn-et-Garonne. Ils ont deux jumeaux la même année, Anne et Alain, et une deuxième fille, Julie, en 1963. Sa disparition en 1995 à seulement 32 ans est un « immense drame » dont ils ne parleront quasiment jamais publiquement. C’est Perret qui va renommer sa femme Rebecca. Dans l’un de ses livres de souvenirs « A cappella : Des Trois baudets à l’Olympia », il expliquait avoir trouvé que l’étymologie de ce prénom et l’expression argotique « faire du Rebecca », signifiant « se mettre en colère » collait parfaitement au caractère de sa compagne. « Elle avait du caractère et certaines personnes avaient peur d’elle, confirme Gilou. Mais Pierre était extrêmement sollicité tout le temps et il fallait bien quelqu’un pour faire le sale boulot. » « On formait une équipe très soudée, on avait une complicité formidable » Gilou est arrivé « dans la famille Perret » fin 1966 à Nangis. « J’ai joué un morceau à l’accordéon à Pierre et il m’a aussitôt engagé, raconte-t-il. On ne s’est pas quitté depuis. Avec Rebecca, on formait une équipe très soudée, on avait une complicité formidable. C’était quelqu’un d’admirable, qui faisait tout pour que Pierre n’ait qu’à penser à la musique, à l’écriture et à la scène. Elle gérait tout dans l’ombre. » « Je l’appelais la patronne, témoigne Gilou. Quand je la retrouvais sur un gala, je lui demandais C omment ça va la patronne ? Elle me demandait immanquablement de lui raconter une histoire drôle. Elle avait beaucoup d’humour. Une fois, elle avait fait croire à un gars que le dimanche, quand je ne travaillais pas pour Pierre, je jouais à la messe… » Gilou accuse le coup. « J’attends des nouvelles de Pierre, précise-t-il. Ses musiciens et techniciens, nous sommes tous bouleversés par la disparition de Rebecca. Depuis trente ans, c’est la même équipe qui accompagne Pierre. On est une famille. » Une famille qui a perdu un pilier. « Et même plus que ça », soupire l’accordéoniste.