Leur nom cristallise toutes les interrogations liées à l’affaire. Jacques et Jessica Moretti — le couple de gérants du bar « Le Constellation », où un incendie a fait 40 morts et 116 blessés lors de la Saint-Sylvestre — font l’objet depuis samedi d’une enquête pénale pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Malgré ces poursuites, le couple reste en liberté. L’enquête devra établir quelle est la responsabilité des deux époux dans cet incendie provoqué, selon les premiers éléments, par les bougies incandescentes fixées sur les bouteilles de champagne . Les nombreuses vidéos postées sur les réseaux sociaux ces derniers jours interrogent également sur la conformité des mousses fixées au plafond, et de l’escalier particulièrement étroit , où les clients se sont bousculés pour échapper aux flammes. Dans le cadre de l’enquête, les prévenus auraient pu être placés en détention provisoire, soumis à une interdiction de sortie du territoire avec un dépôt de passeport ou versement d’une caution, ou encore se voir ordonner le port d’un bracelet électronique. Pour l’heure, aucune de ces mesures n’a été prise, a indiqué un porte-parole de la police du canton du Valais, où se situe l’établissement qui a pris feu. Un risque de fuite vers la France ? Concrètement, pour que de telles modalités soient mises en place pendant l’instruction, il faut qu’il existe un risque de fuite du prévenu, de pression sur les victimes, ou de tentative de faire disparaître des preuves. Pour Yves Monerris, avocat en droit pénal au barreau de Paris, qui exerce également en Suisse, le maintien en liberté des gérants du bar n’a « rien de surprenant ». Certes, Jacques et Jessica Moretti, respectivement originaires de Corse et de la Côte d’Azur, pourraient profiter de leur liberté pour rejoindre la France, et ainsi échapper à la justice helvétique, puisque l’Hexagone n’extrade pas ses ressortissants. Mais « le fait que les prévenus soient étrangers ne suffit pas à établir qu’il existe un risque qu’ils quittent la résidence où ils habitent depuis des années du jour au lendemain », pointe Yves Monerris. En effet, le couple est installé dans cette station huppée du canton du Valais depuis le début des années 2000. Au-delà du bar Le Constellation , qu’ils ont racheté en 2015, ils sont propriétaires des restaurants Le Senso, à Crans-Montana , et Le Vieux Chalet, à Lens, la commune voisine où ils habitent. Par ailleurs, en Suisse, mais aussi en France, lorsqu’il s’agit d’« infractions involontaires, comme c’est le cas ici, il n’est pas inhabituel de ne pas placer les prévenus en détention provisoire », souligne Yves Monerris. Si les faits avaient eu lieu en France, « on peut imaginer que les prévenus auraient été soumis un contrôle judiciaire », suggère le juriste. Contrairement à ce qui aurait pu être observé en France, le couple n’a pas non plus été placé en garde à vue depuis le début de l’affaire. « Dans le droit suisse, il y a une moins grande culture de la détention qu’en France », explique Yves Morennis, selon qui les « critères de placement en détention sont beaucoup plus restrictifs » de l’autre côté de la frontière. De son côté, Jacques Moretti affirme que « tout s’est fait dans les normes » et que son bar a été contrôlé « trois fois en dix ans ». Selon les informations du Parisien, le patron est déjà connu de la justice en France pour des affaires de proxénétisme et de séquestration qui remontent à plusieurs dizaines d’années. S’ils sont jugés coupables, les gérants risquent entre trois ans et quatre ans et demi de prison.