« Démocratie Maintenant » : déjà 543 000 euros de financement participatif pour le prochain documentaire de Cyril Dion

Les documentaires ont la vie dure ? Pas sûr. La preuve : Cyril Dion et Paloma Moritz, respectivement réalisateur militant écologiste et journaliste auprès du média en ligne Blast, ont déjà soulevé des foules pour leur nouveau film « Démocratie Maintenant »… Et des fonds aussi. En un mois et demi à peine, leur appel au public a déjà pulvérisé les compteurs : plus de 543 000 euros récoltés sur la plate-forme Ulule, soit un nouveau record pour un documentaire faisant appel à un financement participatif en France, record que Cyril Dion détenait jusque-là avec « Demain », sorti en 2015. « Ça va vous, en ce moment ? Ça se passe comme vous voulez ? Vous ne vous sentez pas un peu décalés ? », interpellent les journalistes réalisateurs dans une séquence d’ouverture où défilent des images du président de la Nation argentine Javier Milei et sa tronçonneuse, la danse de Donald Trump , le rire d’Emmanuel Macron ou encore Giorgia Meloni sous les applaudissements. Un montage qui sonne l’alarme et un message clair : « Reprenons le pouvoir, réinventons nos démocraties ». L’idée du documentaire part d’un constat inquiétant. « Il n’y a plus que 28 % des habitants de la planète qui vivent dans une démocratie. 72 % dans une autocratie. C’est le double d’il y a vingt ans. Le phénomène s’accélère et ça nous effraie », souffle Cyril Dion, d’une voix grave. « On est extrêmement inquiets de ce qui se passe aux États-Unis , en Israël, en Argentine, partout où l’extrême droite prend le pouvoir et banalise l’autoritarisme. » Vers un éveil des consciences ? Au cœur du projet, une intuition : la crise politique et la crise écologique ne sont pas parallèles, mais plutôt imbriquées. « Des chercheurs du livre Greenbacklash ont mis en évidence une correspondance très forte entre le recul démocratique et la dégradation de la question écologique. Plus la démocratie vacille, plus l’écologie recule. Et inversement. On a voulu filmer cette collision de plein fouet », poursuit le réalisateur. Patrice Lorton, directeur de l’agence Capa qui coproduit cette création, abonde : « Ce n’est pas un hasard si on le produit maintenant. Le calendrier politique galope. S’il faut peser dans la balance, l’élection présidentielle est le meilleur moment. Ce film, c’est une tentative d’accélération citoyenne. » Sa sortie est prévue pour la campagne présidentielle de 2027 . Pour autant, pas question d’influencer les votes, mais plutôt d’éveiller les consciences. « Si ça marche bien, on va nourrir la conversation des Français et les faire réfléchir. Le but n’est pas de leur dire de voter à gauche ou à droite mais de voter tout court et de s’intéresser aux partis qui incluent dans leur programme des dispositions pour améliorer la démocratie », ajoute le producteur. Un message d’espoir Loin d’être un essai théorique, « Démocratie Maintenant » est pensé comme un film choral. Les équipes y suivent six protagonistes, dans six pays différents, confrontés à des rapports de force colossaux, entre multinationales, dirigeants politiques, milliardaires de la tech dans la Silicon Valley. « On va montrer à quel point la démocratie est mise en danger par les espaces algorithmés, souligne le metteur en scène. Les médias sont de plus en plus aux mains de quelques milliardaires, que ce soit ceux de la Silicon Valley pour les médias sociaux ou ceux, parfois d’extrême droite en France, dans l’édition et les chaînes de télévision. » Sans être démoralisant, le film entend plutôt diffuser un message d’espoir. « À l’instar de ceux que j’ai pu faire avant, on veut montrer des solutions, des voies de l’avenir, des gens qui font des choses qui marchent un peu partout. Et comment, justement, des mécanismes d’assemblées citoyennes, avec de la délibération et des référendums, ont permis de changer la constitution en Irlande ou de construire le plan le plus ambitieux que la France ait jamais eu pour faire face au changement climatique », insiste Cyril Dion. Aux États-Unis, les caméras s’immergent dans des mouvements luttant contre la montée du fascisme et des projets climaticides. En Europe, place à la révision constitutionnelle en Irlande, à la lutte contre la surveillance numérique au Royaume-Uni et à l’idée de remplacer le Sénat par une assemblée de citoyens tirés au sort en Belgique. Au Brésil, les modes de décision collective des tribus Guaranis sont également mis en exergue. Des ateliers sont prévus pour la sortie du film « Démocratie Maintenant » revendique une indépendance éditoriale. L’équipe a refusé tout financement provenant du groupe Canal + de Vincent Bolloré, malgré l’importance de la chaîne cryptée dans le cinéma français. « Aujourd’hui, si on réfléchit, Canal +, c’est un gros trou dans le plan de financement. Ça représente un manque à gagner d’au moins 300 000 euros », reconnaît le réalisateur. Pour compenser, cap sur l’appel aux dons du public. « On a dit aux gens : Est-ce que vous avez envie que ce film existe ? Une façon de le manifester, c’est de nous aider à le financer. Et là, c’est incroyable ce qu’il s’est passé, j’ai été ému aux larmes en voyant tant de soutiens. » Au-delà des salles obscures, le documentaire se veut aussi outil de mobilisation locale. L’équipe prévoit d’accompagner sa sortie par des ateliers et des assemblées citoyennes partout en France. « À chaque endroit où il sera projeté, on veut réveiller une ferveur démocratique », imagine Cyril Dion. Un pari assumé : que les spectateurs découvrent « qu’ils ne sont pas seuls à être frustrés », et que cette frustration, politique et environnementale, puisse devenir un moteur d’action. Le film pourrait être sur grand écran fin 2026 ou début 2027, avec l’espoir d’un succès qui « nourrisse la conversation nationale pendant des semaines, voire des mois », selon Patrice Lorton. « On est des colporteurs d’histoires. Mais on essaye de ne pas être inutiles et de faire bouger, modestement, les choses », conclut le producteur.