Il pourrait y avoir de la colère. Mais il n’en est rien. Ce mercredi, Philippe Bianchi, le père de Jules, l’ancien pilote de Formule 1 décédé en 2015 après de longs mois de coma et son accident au Grand Prix du Japon 2014, a indiqué avoir été victime la veille d’un vol où l’ancien kart de son fils a notamment été dérobé . Il nous fait part de son incompréhension et de sa détresse. Comment avez-vous découvert le cambriolage ? PHILIPPE BIANCHI. Je l’ai découvert mardi matin. L’agence immobilière qui me loue le garage depuis six ans, m’a dit qu’il était ouvert. C’était ciblé. Ils ont pris une dizaine de machines. Notamment le karting de Jules qu’il conduisait avant son accident. Ils ont pris aussi sa caisse à outils. Comment avez-vous réagi ? C’est l’incompréhension car ces machines n’ont pas vraiment de valeur. Peut-être 3 000 ou 4 000 euros. Aujourd’hui, il y en a de plus modernes et performantes sur le marché. Je ne vois pas l’intérêt de voler ça. Car elles sont inutilisables. Si c’était le cas, il se ferait vite repérer. Alors pourquoi ce vol ? Soit c’était une commande, mais je n’y crois pas trop. Soit ce sont des gens qui ne savent pas ce qu’elles ont pris. Comme cela ne servira à personne, je nourris encore l’espoir qu’on pourra les récupérer. Qu’évoquent ces machines pour vous ? Je ne suis pas le premier cambriolé qui est mal assuré. La valeur financière, on s’en moque, ce n’est pas le problème. Mais la valeur sentimentale n’est pas quantifiable. C’était la seule chose qui me rattache à Jules. Ça fait mal. Ce sont des choses irremplaçables comme son karting à l’âge de 5 ans offert par son oncle. Avec la 10e édition du marathon des kartings Jules-Bianchi, le souvenir de votre fils reste intact… C’est vrai et c’est très touchant de voir que personne ne l’oublie. Pourtant Jules n’a pas été champion du monde de Formule 1. On ne lui a pas laissé le temps. Mais il reste présent. Ça me touche au plus profond du cœur. On ne me rendra jamais mon gamin Et sur un plan personnel, dix ans après, comment êtes-vous ? On avait conclu un pacte avec Jules, de ne rien lâcher. J’étais toujours le premier à le lui dire. Alors maintenant, j’applique ça à moi-même. Jules est toujours en moi. Il est toujours là. La peine est là tous les jours. Il me manque et on s’accroche. En novembre, on a collecté 50 000 euros pour son association. Je pense que Jules serait fier de tous ce qu’on a fait. Dix ans après, comment jugez-vous le niveau de sécurité de la Formule 1 ? Il y a eu des progrès avec l’introduction du halo de protection, le casque de protection ou la safety car. Mais quand je vois ce qui s’est passé avec Pierre Gasly en 2022 (le pilote avait failli percuter une grue de dépannage qui opérait sur la piste), sur le même Grand Prix du Japon où Jules a eu son accident, j’ai vraiment pété les plombs. On n’a pas le droit. C’est une insulte à Jules. Êtes-vous toujours en colère ? On ne me rendra jamais mon gamin. Maintenant, si je voulais me reconstruire, il fallait que je fasse la paix avec ça et ne plus être en colère. Donc elle est passée. Et puis, je crois qu’il y a quelque chose après et je me dis que je retrouverais Jules à ce moment-là. C’est ça qui m’aide à tenir.