La scène est d’une rare violence. Des journalistes suisses et italiens ont rapporté avoir été intimidés par des proches des gérants du bar « Le Constellation », dont l’incendie a fait 40 morts et 116 blessés le soir du Nouvel an à Crans-Montana, en Suisse. Des journalistes de la chaîne italienne Rai1 ont assuré mardi, vidéo à l’appui, avoir été insultés. La scène se déroule devant le restaurant le Vieux Chalet, à Lens (Suisse), qui appartient aussi aux gérants du « Constellation », Jacques et Jessica Moretti. Ces derniers résident justement à Lens et les journalistes espéraient ainsi les rencontrer. Au lieu de ça, ils ont donc reçu insultes et coups de la part de personnes présentées comme proches des deux Français. Sur les images, on distingue un homme, casquette et lunettes noires, interpeller un journaliste avec véhémence : « Est-ce que tu parles français ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Journaliste de quoi ? », lance-t-il. Crans-Montana: le immagini dell'aggressione ad una troupe Rai durante la realizzazione di un reportage sulle attività della famiglia Moretti, proprietari del locale "Constellation" pic.twitter.com/IJaSRa1FNh — Rai1 (@RaiUno) January 6, 2026 Le ton continue de monter. « Tu crois qu’il n’y a pas assez de morts là ? », répète-t-il à deux reprises. D’autres insultes fusent : « Enculés » et « Cassez vous de là ! » Les journalistes italiens finissent par rebrousser chemin, et quittent les lieux en voiture. « C’était une menace de mort », explique le journaliste de Rai Domenico Marocchi auprès de Paris Match , précisant qu’un individu a tenté de casser leur rétroviseur. Il indique encore avoir été « frappé à la poitrine » et indique avoir déposé une plainte, en précisant n’avoir reçu aucun message des gérants du bar. « Tu n’es que de la merde » Un journaliste du média suisse Blick dit aussi avoir été menacé et insulté devant l’établissement, après avoir remarqué que le restaurant ouvrait discrètement à des clients. « Je m’en fous. Il n’y a personne qui filme, d’accord ? Arrête de parler. Vous n’avez pas honte ? », lui aurait lancé un employé du restaurant, identifié comme un certain Bertrand L. par le média. Une femme aurait, elle aussi, insulté les journalistes hors caméra : « Tu es une putain de merde, tu n’es que de la merde, c’est tout ce que tu es ». Tout au long de la scène, le gérant serait resté en retrait, n’intervenant pas directement, selon Blick. Dans leur première déclaration publique depuis l’ouverture samedi de l’enquête pénale les visant, Jacques et Jessica Moretti, les Français propriétaires du bar, se sont dit dans un communiqué « dévastés et envahis par le chagrin » . « Nous faisons pleinement confiance aux enquêteurs pour faire toute la lumière et dissiper les interrogations. Soyez certains à cet égard de notre entière collaboration et du fait que nous ne chercherons d’aucune façon à nous dérober », a assuré le couple soupçonné d’« homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence ». Proxénétisme Les deux Français propriétaires du Constellation n’ont été ni placés en détention provisoire, ni assignés à résidence, ce qui a provoqué l’étonnement , notamment des autorités italiennes. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu d’éléments concrets qui laissent présager une fuite », a expliqué mardi la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur la radio française RTL. Selon des sources proches du dossier, Jacques Moretti était connu de la justice française pour une affaire de proxénétisme : il avait été incarcéré en Savoie en 2005 puis condamné en 2008 à une peine de prison. Selon une autre source proche du dossier, il a aussi été mis en cause par le passé dans sept autres affaires, notamment pour escroquerie, sans que cela ne débouche sur des condamnations.