« Je suis homme de Champagne », disait le fabuliste et académicien Jean de La Fontaine (1621-1695), et la Champagne, et plus précisément Château-Thierry (Aisne), qui l’a vu naître, continue d’honorer son écrivain le plus connu au monde. Après avoir célébré avec faste les 400 ans de sa naissance il y a cinq ans, elle va lever le voile le 16 janvier prochain sur la modernisation de sa maison natale. Pas moins de trois ans et demi de travaux et un peu plus de 6 millions d’euros ont été nécessaires pour proposer un parcours de visite immersif sur trois niveaux, contre deux avant sa fermeture. Repensé, le musée invite à rencontrer l’homme derrière l’œuvre. La scénographie a été conçue pour faire dialoguer l’histoire de la maison, la vie du poète et l’universalité de son œuvre. « Il reste incontestablement indémodable, souligne Marion Lavaux, directrice adjointe du pôle muséal de Château-Thierry. Son discours littéraire est toujours aussi fort. Je m’en rends compte avec des réinterprétations publicitaires récentes, comme avec « La cigale et la fourmi ». » La Fontaine y grandit jusqu’à 15 ans Des dispositifs de médiation innovants, notamment à destination des enfants, ont été installés : « Ces travaux étaient essentiels, explique Marion Lavaux. Les collections avaient besoin d’être reprises. 20 % ont été rénovés dont sa sculpture en pied. Nous comptions près 15 000 visiteurs avant la fermeture. Tous ces mois, nous avons pu nous rendre compte combien ils étaient attachés au musée. Il n’y a pas une semaine sans que nous recevions des appels pour savoir quand ça rouvrait. » La Fontaine et sa ville. C’est une grande histoire d’amour. Après y avoir grandi jusqu’à environ l’âge de 15 ans, La Fontaine était entré au séminaire à Paris avant d’entamer des études de droits. Il était devenu avocat au Parlement de Paris avant de s’établir en 1652 comme maître particulier des eaux et forêts du duché de Château-Thierry, métier exercé par son père. Il était garant des coupes de bois ainsi que de la gestion des rivières et des étangs : « De par ses attaches familiales et affectives, il revenait régulièrement dans sa ville, indique Marion Lavaux. Cette maison, il en sera propriétaire après le décès de son père de 1658 à 1676. Pourtant célèbre de son vivant, il s’en est séparé pour des questions financières. Il dépendait de mécènes. Il revenait dans sa ville pour rendre visite au duc et à la duchesse de Bouillon au château. Il était en affaires avec le duc. La duchesse était une mécène. » Un des beaux plus hôtels particuliers de la ville Sa maison natale, un des beaux plus hôtels particuliers de la ville de style renaissance, a continué de passer de mains en mains avant de devenir la propriété de la société historique et archéologique de Château-Thierry, en 1869, puis de la ville en 1876, soit deux cents ans après sa vente par La Fontaine. Elle l’a transformé en premier temps en musée des beaux-arts. Il se centrera au fil des décennies sur La Fontaine entré dans les manuels scolaires depuis le XVIIIe siècle. La maison est la première étape d’un parcours en comptant vingt guidant le promeneur sur ses pas tout en découvrant cette ville bucolique posée au bord de la Marne : « Château-Thierry est une cité poétique. C’est inscrit dans son identité, son ADN », conclut Marion Lavaux.