Il n’a jamais gagné Paris-Roubaix comme Marc Madiot . Il a beaucoup moins de cheveux sur le crâne et il n’est pas du genre à pousser sans cesse des coups de gueule. Mais depuis cette année, c’est bien Thierry Cornec, 53, un complet inconnu du grand public qui va piloter l’équipe Groupama-FDJ . Marc Madiot, son emblématique fondateur, va prendre énormément de recul dans les décisions stratégiques de l’équipe cycliste. Dans l’équipe française, longtemps infusée au tempérament gaulliste de Madiot, pas question de parler de révolution. Mais l’équipe va lentement changer d’âme dans un projet sur cinq ans, décidé par Thierry Cornec. Le nouveau patron, par son parcours atypique, a signé pour tranformer l’équipe et lui faire réintégrer le Top 10 mondial. 2025 a été une année désastreuse avec seulement quinze victoires (dont aucune au sprint ce qui a fait beaucoup grincer les dents en interne) et une indigne 18 e place au classement UCI. Cornec, modeste cycliste amateur, a longtemps travaillé chez Mavic, où il a occupé plusieurs postes avant de passer chez un autre équipementier, Lapierre, qui fournissait les vélos de Groupama-FDJ. « En janvier 2024, j’ai été contacté par un cabinet de recrutement pour un poste de directeur général adjoint d’une équipe cycliste pro, sans savoir laquelle, raconte Thierry Cornec. Trois mois plus tard, j’étais retenu pour un entretien à Paris et je me suis retrouvé en face de Marc que je connaissais déjà. Le courant est donc très bien passé. On me demandait d’apporter de la structuration dans l’équipe. » En parallèle, Cornec avait repris des études pour passer un Exécutive MBA à Lyon. Embauché par l’équipe, il ne doit débuter qu’en septembre 2024 mais préfère débarquer quatre mois plus tôt. Même si rien n’a été communiqué en interne, il devient assez clair qu’il est là pour prendre, en douceur, la suite de Madiot. Sans rien brusquer. « Il y a un ADN dans cette équipe qu’il faut conserver » Officiellement, il ne prend vraiment les commandes qu’en 2026 mais c’est lui qui a décidé de tout le recrutement. Et Madiot a accepté de lui laisser toute liberté. Cornec a embauché huit coureurs, assez jeunes avec des contrats de trois ans comme Clément Berthet, Bastien Tronchon ou Ewen Costiou. « Il y a un ADN dans cette équipe qu’il faut conserver, poursuit le nouveau patron. Elle a trente ans d’existence et il faut s’appuyer sur cela. » En 2026, les ambitions sont mathématiques mais aussi philosophiques. « On doit passer le cap des vingt victoires, annonce Thierry Cornec. Avec notamment un succès sur le Tour de France. » Mais il y a aussi des améliorations à aller chercher chez les têtes d’affiche. Hormis Romain Grégoire, malchanceux sur l’étape de Pontarlier pendant le Tour de France, les autres ont déçu. David Gaudu, sait que sa victoire d’étape sur la Vuelta, n’efface pas tout et il a décidé de changer ses habitudes de travail. Guillaume Martin–Guyonnet a encore du mal à lâcher les classements généraux pour viser des étapes. Cette année, il va aussi changer. D’ailleurs, il commencera pour la première fois de sa carrière, son année sportive en Australie au Tour Down Under. Et Valentin Madouas a mis toute une année à digérer le poids de sa médaille d’argent aux JO 2024. Sans crier trop fort, Thierry Cornec espère que ses meilleurs seront aiguillonnés par l’arrivée d’une nouvelle génération. Et tenir la promesse du nouveau slogan de l’équipe : Plus haut et plus fort .