Il est l’une des voix les plus fortes de la littérature de langue allemande. Depuis vingt-cinq ans, avec une verve et un mordant immédiatement reconnaissables, l’écrivain ôte les masques policés des violences sociales et politiques. A l’occasion de la parution en français de son nouveau roman «Les Miettes», il nous a reçu chez lui à Zurich Une femme qui court dans Zurich, à perdre haleine, qui «fuit, tant qu’elle peut, cherche une échappatoire dans le tourbillon de peur qui fait rage dans son ventre.» Par un beau dimanche de mai du début des années 1970, Adelina s’est mise à courir sans but comme on prend une respiration après être restée trop longtemps dans l’eau. Cernée par les dettes, les loyers impayés, venant de perdre son travail de serveuse, elle est acculée. Les Miettes , le nouveau roman de Lukas Bärfuss traduit par Camille Luscher, avance ainsi, par les yeux d’Adelina, au rythme de sa foulée, de son énergie pour ne pas couler, de la Suisse où elle est née à l’Italie, le pays de ses parents, où la lutte armée attire comme le chant des sirènes. Auteur de 45 pièces de théâtre ( Les Névroses sexuelles de nos parents , Le Voyage d’Alice en Suisse , ou Séduction qui sera joué sur les Scènes du Grütli à Genève dès fin janvier), de romans ( 100 jours, 100 nuits , Koala ), d’essais ( Le Carton de mon père ), de chroniques politiques dans les journaux allemands et suisses, Lukas Bärfuss est l’une des voix les plus fortes de la littérature de langue allemande, traduit dans une vingtaine de langues, une figure aussi de l’intellectuel lanceur d’alerte qui prend position comme on entre dans l’arène. Entre autres récompenses, il a reçu, en 2019, le Prix Georg-Büchner, plus haute distinction littéraire allemande, pour l’ensemble de son œuvre. Voir plus