Guy Parmelin: «La Suisse sera là pour les victimes suisses et étrangères» de Crans-Montana

PODCAST – Le président de la Confédération Guy Parmelin est notre premier invité de l’année, une année qui s’est ouverte brutalement avec la tragédie de Crans-Montana. On a aussi parlé de la place de la Suisse dans un monde toujours plus incertain, du WEF en présence de Donald Trump et du parcours du Vaudois, incarnation d’une forme de «force tranquille». Extraits «Guy Parmelin, comment allez-vous?» Cette question s’imposait d’entrée après l’incendie de Crans-Montana la nuit de la Saint-Sylvestre. «J’émerge de dix jours très intenses, sous stress, avec beaucoup d’émotions. Ce n’était pas une situation facile, mais je pense avant tout naturellement aux familles, aux parents. Comment est-ce qu’on pouvait être le plus efficace avec cette catastrophe, le plus rapide? Et comment est-ce qu’on peut, sur la durée aussi – que ce soit au niveau de la commune, du canton ou de la Confédération –, accompagner les familles, les proches? Les primo-intervenants aussi, qui ont été extrêmement choqués. Je crois qu’il ne faut pas les oublier. Je pense que ça va nous occuper de longues années. Mais ce qu’on veut, c’est trouver des moyens simples, couvrir les frais et puis accompagner ces familles.» Dans la salle de réunion attenante à son bureau du Palais fédéral est, le conseiller fédéral, représentant l’Union démocratique du centre (UDC) au sein du collège gouvernemental, revient sur son déplacement à Crans-Montana, moins de vingt-quatre heures après le drame: «C’était extrêmement choquant, brutal. Quand je suis arrivé, on m’a décrit une zone de guerre. Ça veut bien dire ce que ça veut dire. J’ai rencontré, en ne voulant pas perturber les travaux parce qu’il fallait aller le plus vite possible, un spécialiste de l’identité judiciaire qui m’a expliqué l’importance du travail à faire rapidement. Un primo-intervenant qui, manifestement, était presque détruit psychologiquement par ce qu’il a vu. Et je crois que ça, ça marque une personne, fût-il un politicien aguerri…» Un engagement ferme Après l’urgence s’ouvre une deuxième phase, celle de l’établissement des faits et de la réparation: «Je crois que tout le monde est unanime. Nous voulons la vérité, nous voulons comprendre ce qui s’est passé et s’il y a des fautes, mais ça, c’est le rôle de la justice, du Ministère public, de mener les investigations. Qu’elles soient menées de manière transparente, rapide, efficace, et s’il y a des fautes, elles devront être sanctionnées… Je crois que tout le monde attend ceci, et on peut comprendre une certaine impatience.» Des critiques et des doutes sur le travail des autorités cantonales et communales en provenance non seulement d’autres régions du pays, en particulier de Suisse alémanique, mais aussi de l’étranger, Italie en tête. Lire aussi: Podcast – Comment va la Suisse à mi-législature? Duel droite-gauche au Palais fédéral Pour la suite, le président de la Confédération prend un engagement ferme: «La Suisse sera là! Pas seulement pour les victimes suisses, pour les victimes étrangères. Nous avons la LAVI, la loi sur l’aide aux victimes, mais elle ne sera peut-être pas suffisante… Si certains moyens supplémentaires sont nécessaires, le Conseil fédéral va très vite prendre les décisions.» Suisse-Etats-Unis: «Quand le président Trump n’est pas d’accord, il faut remettre l’ouvrage sur le métier» Difficile mais nécessaire transition vers l’actualité de l’année présidentielle, avec dans l’immédiat le Forum économique mondial (WEF). Une occasion de multiplier les rencontres et de défendre les intérêts suisses de manière ciblée. Et parmi les cibles prioritaires, l’impressionnante délégation américaine conduite par le président Donald Trump. Objectif: faire passer un message: «A Davos, nous pouvons dire aux Etats-Unis que nous avons le mandat maintenant pour passer d’un accord juridiquement non contraignant, cette Joint Declaration (déclaration d’intention), aux négociations en vue d’avoir un accord qui serait juridiquement contraignant. Nous sommes prêts et, après, les négociations vont commencer.» Adepte d’expressions populaires et de bons mots, Guy Parmelin semble avoir fait sienne: «chat échaudé craint l’eau froide», concernant les relations Suisse-Etats-Unis: «Quand le président n’est pas d’accord, il faut remettre l’ouvrage sur le métier.» En résumé: détermination et prudence. Guy Parmelin, lors de l'enregistrement. — © Marco Zanoni / Marco Zanoni L’ancien défenseur central du FC Bursins botte élégamment en touche, sans blesser la collégialité Une année présidentielle qui ressemblera à un exercice d’équilibrisme dans au moins trois dossiers au sommet de l’agenda politique: le paquet d’accords bilatéraux avec l’Union européenne, que Guy Parmelin devrait sceller à Bruxelles cette année comme président de la Confédération; l’initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions!»; la neutralité avec l’initiative de son parti «Sauvegarder la neutralité suisse». L’ancien défenseur central du FC Bursins botte élégamment en touche, sans blesser la collégialité: «Les partis jouent leur rôle. L’exécutif a un rôle totalement différent.» En conclusion, nous sommes revenus sur son score canon de décembre dernier, 203 voix sur 210 bulletins valables, et sa cote à la hausse en Suisse alémanique. Romand avec accent, UDC et paysan: cela a longtemps constitué le combo idéal pour être pris de haut outre-Sarine. Pas rancunier, l’homme de la terre répond avec un sourire en coin: «C’est vrai qu’à l’époque, je me rappelle quand je suis entré dans ce département, c’était le coup de tonnerre! Parce que depuis 1949, il n’y a jamais eu un UDC à la tête de ce département, à plus forte raison romand… Il a fallu convaincre et battre en brèche peut-être une forme de scepticisme dans certains milieux alémaniques. Mais je m’empresse de le dire, j’ai toujours eu de très bons contacts avec la population en Suisse alémanique, avec M. et Mme. Tout-le-Monde.» Un petit tacle contre une forme d’élitisme perceptible, entre autres, du côté du centre de presse du Palais fédéral ou du microcosme bernois. Bonne écoute! Lire aussi: Podcast – Pour Giuliano da Empoli, «la Suisse dépasse en général assez brillamment ses crises existentielles et d’identité»