L’UDC a tenu sa célébration annuelle vendredi soir en présence de Guy Parmelin. Un président respecté mais pas ovationné Le tram 13 serpente difficilement le long des premières pentes de l’Uetliberg sous les dernières lumières du jour. Puis apparaît à l’horizon l’Albisgüetli, bâtiment historique de la société de tir de la ville, plus ancien club sportif encore en activité à Zurich, depuis le XVe siècle. Terminus devant la bâtisse fardée comme un château de Disney. Bienvenue à «la plus grande, la plus belle et la plus importante manifestation politique de Suisse», selon l’UDC, qui organise le 38e rendez-vous annuel de sa section zurichoise. La salle des fêtes se remplit doucement au son des cuivres de la fanfare des grenadiers. Plus de 1000 convives prennent place le long de grandes tablées, sous une vénérable charpente et une grande bannière au vert agrarien sur laquelle il est inscrit: «Pour un avenir sûr dans la liberté». On aperçoit quelques figures du parti, Natalie Rickli, Magdalena Martullo Blocher, Mauro Tuena. Puis viennent les deux stars de la soirée, attirant flash et selfies sur leur passage: Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche et ex-conseiller national UDC, et l’orateur invité en la personne de Guy Parmelin, président de la Confédération. Selon la règle de l’Albisgüttli, «il est de tradition qu'[il] bénéficie d’une liberté d’expression absolue et ait le dernier mot, sans contradiction». Vu le profil du conseiller fédéral, la contradiction aurait de toute manière été bien mesurée, alors que l’année dernière, Beat Jans, conseiller fédéral socialiste, semblait bien seul au milieu de ces flots agrariens. La soirée de 2025: A l’Albisgüetli de Zurich, Roger Köppel affirme que l’UDC est «en guerre» et Beat Jans est sifflé Dominik Ledergerber ouvre les feux Premier à prendre la parole de la soirée, Dominik Ledergerber, le président de l’UDC zurichoise, donne rapidement le ton. Dans un discours musclé, il peint une Suisse qui enchaîne les crises: coronavirus, accords douaniers et désormais Crans-Montana. Heureusement, Guy Parmelin est aux manettes, un homme «réfléchi, sans agitation, efficace et empathique». Beat Jans en prend au passage pour son grade: «Nous vivons la plus grande crise de l’asile de l’histoire de notre pays: où est le conseiller fédéral socialiste compétent, Beat Jans? Que fait-il? Il ne fait rien, alors même qu’il était ici chez nous l’an dernier.» Dominik Ledergerber à Zurich, 16 janvier 2026. — © CLAUDIO THOMA / keystone-sda.ch Puis vient le sujet qui va être repris comme une ritournelle durant le reste de la soirée: l’Union européenne, menace existentielle face au Sonderfall helvétique. Hallebarde en main, littéralement, Dominik Ledergerber harangue la foule: «Nous devons lutter pour offrir une meilleure patrie à nos enfants et petits-enfants, afin qu’eux aussi puissent grandir dans la prospérité, la liberté et l’autodétermination. La hallebarde symbolise notre combat contre le traité de soumission. Notre indépendance n’est pas négociable; nous ne devons jamais l’abandonner. Combattez avec l’UDC contre ce contrat coercitif avec l’UE! Nous ne rangerons la hallebarde que lorsque le traité avec l’UE sera retiré de la table.» Applaudissements. ... et le slogan: «Préserver ce qu nous aimons». Dominik Ledergerber à Zurich, 16 janvier 2026. — © CLAUDIO THOMA / keystone-sda.ch En 2018: Ignazio Cassis en funambule à l'Albisgüetli Roger Köppel et le «délitement» Roger Köppel prend la hallebarde au bond. Véritable tribun, il récite un discours de plus de 45 minutes sans notes. Et avec le sens de la formule: si Guillaume Tell est le héros de la patrie, Guy Parmelin devient le héros des douanes, suite à ses pérégrinations américaines pour faire réduire les droits de douane américains. «Plus de Bursins, moins de Bruxelles», répète-t-il comme un mantra, en choyant le Vaudois. Roger Koeppel sur la scène de l'Albisgueetli, 16 janvier 2026. — © CLAUDIO THOMA / keystone-sda.ch Il évoque aussi la catastrophe de Crans-Montana. Pas pour adresser ses condoléances aux victimes, mais comme un exemple du délitement de la patrie: «C’est cette arrogance, cette nonchalance, qui mènent à de telles catastrophes. De petites erreurs peuvent produire des catastrophes dévastatrices. C’est la leçon de Crans. Et Crans, ce n’est pas seulement le symptôme que quelque chose ne va pas dans le canton du Valais. Non, c’est le signe que toute la Suisse se délite.» Une analyse en 2016: Christoph Blocher et la dictature de l’Albisgüetli Pas de standing ovation pour Guy Parmelin Roger Köppel ratisse large, passant du Venezuela à la Chine en passant par les Etats-Unis et le Groenland. Mais les 27 restent au cœur de son sujet – il a mentionné l’UE plus d’une cinquantaine de fois sous diverses formules. Un grand méchant qui n’est autre que l’autoritarisme et la guerre incarnés. Les accords avec l’UE? Le déclin assuré de la Suisse, et même «une déclaration de guerre à l’intérieur du pays. C’est une trahison du Conseil fédéral et du Parlement envers la Suisse, envers les cantons, envers notre modèle de réussite fédérale depuis 1848!» En bref: «Bruxelles dicte. Bruxelles encaisse. La Suisse obéit et capitule. Voilà l’accord UE que le Conseil fédéral et le parlement veulent nous imposer!» Pour Guy Parmelin, le message est passé. Guy Parmelin montrant son cadeau de bienvenue, à Zurich, 16 janvier 2026. — © CLAUDIO THOMA / keystone-sda.ch Après un interlude d’émincé de veau à la zurichoise et de rösti, au président de la Confédération de conclure. Roger Köppel a choisi l’émotion, Guy Parmelin opte pour le pragmatisme. Il préfère aussi garder de côté les sujets polémiques, comme l’initiative populaire fédérale «Pas de Suisse à 10 millions!» et celle sur la redevance radio-TV à 200 francs, deux sujets sur lesquels UDC et Conseil fédéral sont en désaccord. Il offre aussi un peu de concret, avec mentionnant la nouvelle politique agricole PA30 +, qui doit bénéficier aux agriculteurs, et a un mot pour les victimes de Crans-Montana. Pas d’envolées, pas de grandes phrases, la simple volonté «cette année encore, de trouver pour notre pays les meilleures solutions possibles dans les dossiers actuels». Mais le pragmatisme ne fait pas se dresser les foules. Guy Parmelin n’aura pas droit à une standing ovation, contrairement à Roger Köppel.