Le pire est arrivé et arrivera encore

CHRONIQUE. Notre pays se signale par une approche rigoureuse des dangers, en particulier naturels, mais le risque n’y est souvent abordé que sous l’angle de la pensée économique. Un mode d’appréhension à réformer, selon notre chroniqueur Le pire n’est pas seulement probable, il est inévitable. La tragédie n’est qu’un possible non encore réalisé. C’est sur cette réflexion que le philosophe d’origine allemande Hans Jonas a développé, au tournant des années 1970, dans Le Principe responsabilité , le principe de précaution, visant principalement les risques environnementaux et ceux des technosciences. La stratégie de la peur face aux menaces technologiques, malgré leur incertitude. Le pire, au-delà de la peur, les familles des 40 morts et 116 blessés dans l’incendie de Crans-Montana l’ont déjà vécu. Les habitants du village englouti de Blatten et ceux de Brienz (GR) y ont été confrontés. La peur, les parents des enfants sur le chemin de l’école, des adolescents dans les soirées festives ou sur les routes, ils l’ont tous. Maires, syndics ou présidents de communes, de petits villages comme de grandes métropoles, la sécurité est, ou devrait être, leur obsession constante. Prioritaire. Bien avant les budgets. Alors, deux semaines après le drame de Crans-Montana, l’interview mercredi soir, au 19h30, du président de la commune de Val de Bagnes (Verbier), la plus riche du Valais, est accablante. Le magistrat y apparaît démuni, dépassé. Interrogé sur les contrôles annuels de bâtiments que lui impose la loi, il avoue: «Nous essayons d’en faire le maximum. Mais les priorités peuvent changer chaque semaine. Nous n’y arrivons pas, parce que la sécurité a souvent été le parent pauvre… On a un législatif et quand on demande du monde pour la sécurité, on doit toujours le justifier, et la sécurité, ce n’est pas toujours facile à mettre en avant.» N’accusons pas davantage les responsables communaux. Leurs limites s’inscrivent dans cette absence générale de culture du risque que connaît notre société. Notre incapacité mentale et émotionnelle à nous projeter intimement dans le drame à venir. Voir plus