La nomination de Habib Beye à la tête de l’ Olympique de Marseille ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire tourmentée du club phocéen. Mais derrière l’enthousiasme suscité par cette décision, une question fondamentale s’impose : est-ce réellement le bon choix d’accepter un tel défi dans le contexte actuel marseillais ? L’Olympique de Marseille n’est pas un club comme les autres. C’est un environnement sous haute pression. Ici, l’exigence est permanente. Les supporters vivent chaque saison comme une bataille, chaque match comme un verdict. L’impatience est structurelle, alimentée par une rivalité constante avec le Paris Saint -Germain et par l’attente d’un retour durable au sommet du football français et européen. Dans cet environnement, le droit à l’erreur est limité. L’entraîneur n’est pas seulement un technicien : il devient un symbole, parfois un bouclier, souvent un fusible. Depuis plusieurs années, l’OM peine à installer une continuité sportive. Les entraîneurs se succèdent à un rythme préoccupant, révélant une instabilité structurelle. Recrutements incohérents, orientations changeantes, absence de ligne directrice claire : le club donne parfois l’impression de naviguer à vue. Or le haut niveau ne se construit pas sur un coup de baguette magique. Il repose sur :une philosophie clairement définie, une politique de recrutement cohérente, une stabilité institutionnelle et surtout du temps. Sans ces fondations, même les meilleurs techniciens se retrouvent fragilisés. Pour Habib Beye, accepter l’OM représente une opportunité exceptionnelle. Ancien joueur au caractère affirmé, doté d’une personnalité forte et d’une vision moderne du football, il pourrait incarner un renouveau. Son arrivée pourrait marquer le début d’un projet repensé, intégrant dirigeants, joueurs et supporters autour d’une identité claire. S’il bénéficie d’un véritable soutien en interne, d’un pouvoir réel sur les choix sportifs et d’un engagement à moyen terme, il peut poser les bases d’un cycle durable. Mais le danger est réel. À l’ OM l’obligation immédiate de résultats peut rapidement étouffer toute tentative de construction progressive. Si les premières difficultés surgissent ( et elles surgissent toujours dans un processus de transformation) la pression médiatique et populaire pourrait accélérer un départ prématuré. Dans ce cas, Beye ne serait qu’un nom supplémentaire dans la longue liste des entraîneurs appartenant déjà au passé du club. La réussite de cette nomination dépendra moins des compétences de l’entraîneur que de la cohérence du projet global. Le football moderne exige une orientation stratégique stable, une gouvernance alignée et une patience maîtrisée. À l’OM, deux chemins se dessinent pour Habib Beye : soit il parvient à replacer l’OM sur les rails du succès grâce à un concept clair et partagé ; soit il rejoint l’histoire mouvementée des techniciens emportés par l’urgence des résultats. L’avenir dira si ce choix aura été un pari audacieux gagnant… ou un risque mal calibré dans l’un des environnements les plus exigeants du football européen. Fara Sambe UEFA Entraîneur- Formateur Allemagne www.dakaractu.com