Une tempête parfaite pour le WEF

EDITORIAL. Inévitable, la démission de Borge Brende n’est qu’un rebondissement de plus dans la profonde crise de gouvernance que traverse le Forum économique mondial. Avec en jeu l’avenir et l’orientation d’un événement emblématique pour la Suisse L’affaire Epstein n’en finit donc pas de faire tomber des têtes. Celle de Borge Brende à la tête du WEF ne tenait plus qu’à un fil depuis les révélations sur les relations qu’il a entretenues avec le prédateur sexuel New-Yorkais entre 2018 et 2019. L’ancien ministre norvégien des Affaires étrangères a préféré partir de lui-même avant la publication des résultats de l’enquête interne diligentée sur la question. Une sage décision. Lire aussi: Le WEF enquête sur son propre président, Borge Brende, concernant les échanges avec Jeffrey Epstein Annoncée jeudi, sa démission a en effet le mérite de clarifier les choses. Elle rappelle surtout à quel point le Forum économique mondial (WEF) se trouve en mauvaise posture, une situation qui va jusqu’à mettre en péril son ADN. Un comble pour une institution qui s’est voulue le chantre des pratiques de bonne gouvernance pendant des années. Luttes de pouvoir et intérêts divergents Dans un monde polarisé, en mutation profonde, l’événement doit donc désormais dénicher une personnalité ayant l’envergure nécessaire pour succéder à Borge Brende. Mais il doit aussi renouveler la présidence de son conseil de fondation assurée ad interim par André Hoffmann et Larry Fink. Se pose aussi la question du lieu d’organisation de sa réunion annuelle, le financier américain ayant remis en question la pertinence de Davos. Ces trois enjeux cachent un défi bien plus profond, la précision de l’orientation future du rendez-vous. Se revendiquant cette année «plateforme de dialogue», l’événement a en effet été transformé par le président américain Donald Trump et ses sbires en une indigne vitrine de propagande. Lire aussi: L’épineuse question de la succession de Børge Brende à la tête du WEF C’est dire si le choix des visages qui devront assurer la pérennité de l’esprit de Davos tout en incarnant le renouveau du Forum économique est aussi crucial que délicat. Favorite parmi les papables à la présidence du conseil de fondation, Christine Lagarde ferait bien de confirmer ses intentions, pour le bien de la Banque centrale européenne qu’elle préside comme pour celui d’un Forum économique mondial qui lui est cher. Comme nous le signalions la semaine dernière, l’ancienne ministre française des Finances coche toutes les cases pour rendre au rendez-vous ses lettres de noblesse et même, osons le croire, en défendre l’identité helvétique. Pour donner toutes ses chances à la manifestation qui garde un pouvoir d’attraction sans égal, connaître la personne qui assumera la présidence du conseil de fondation est indispensable pour recruter celle qui succédera à Borge Brende. Histoire de trouver une personnalité complémentaire, issue par exemple d’un autre continent tout en étant alignée sur les valeurs du WEF. Lire aussi: Christine Lagarde n’a pas besoin du WEF. Mais le WEF a terriblement besoin d’elle