Les prix du pétrole ont flambé de 13% lundi à l'ouverture des marchés, le conflit engagé par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran et ses répercussions au Moyen-Orient faisant redouter de graves perturbations de l'offre de brut. Vers 23H15 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'envolait de 9,90% à 80,16 dollars, après avoir ouvert en hausse de 13%. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) s'envolait lui de 8,25% à 72,55 dollars. Cela représente un bond important du cours du Brent, la référence internationale de l'or noir, qui avait pourtant progressivement intégré une prime de risque géopolitique pour s'afficher à plus de 72 dollars vendredi, loin des 61 dollars du début d'année. Avec l'embrasement régional, le transport maritime via le détroit d'Ormuz, par où transite quelque 20% de la consommation mondiale de pétrole, est compromis. "Le facteur le plus pertinent pour le marché pétrolier est la quantité de pétrole produite dans la région et la situation détroit d'Ormuz, par lequel transitent quotidiennement environ 21 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers", insiste Giovanni Staunovo, de UBS. Le détroit n'est pas totalement fermé (quelques navires chinois et iraniens y seraient passés, selon Kpler) mais le trafic y est désormais quasi-impossible. Après l'attaque de deux navires dimanche au large des Emirats arabes unis et d'Oman dans le détroit d'Ormuz, le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a appelé les compagnies maritimes à "éviter" la région. Le prix des assurances devient prohibitif dans ce contexte, et les principales compagnies maritimes ont confirmé y suspendre le passage de leur flotte. Certes, des "infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l'impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d'offre de pétrole brut", affirme Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, dans une note la veille. En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, les membres de l'OCDE devant maintenir 90 jours de stocks de pétrole, mais des cours à plus de 100 dollars ne sont pas exclus. Réagissant à la guerre en Iran, l'Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l'Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206.000 barils par jour pour le mois d'avril, un volume supérieur aux anticipations. "Même sans arrêt total de la production, la hausse des primes liées au conflit, les modifications d'itinéraires et la réévaluation des assurances peuvent maintenir les coûts du pétrole brut et du fret à un niveau élevé", observe cependant Charu Chanana, de Saxo Markets. "L'ensemble de la région du Golfe étant touchée, la dissipation de cette prime de risque géopolitique pourrait prendre du temps, compte tenu notamment du rôle central de la région dans l'approvisionnement énergétique mondial", insiste-t-elle. D'autant que "l'Iran a également tout intérêt à utiliser les marchés de l'énergie pour exercer une pression économique", ajoute Mme Chanana. "Le talon d'Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix élevés du pétrole", confirme Michelle Brouhard, analyste chez Kpler. www.dakaractu.com