Alors que les États-Unis et Israël ont déclenché des opérations militaires contre l’Iran, le monde retient son souffle devant la menace iranienne de fermer le détroit d’Hormuz. Pour l’Afrique et particulièrement le Sénégal, ce scénario n’est pas une abstraction géopolitique. C’est une bombe à retardement économique… La guerre se passe à des milliers de kilomètres. Mais ses effets, eux, pourraient frapper à nos portes. Le détroit d’Hormuz, ce bras de mer étroit coincé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, est l’une de ces réalités géographiques dont on ne parle que lors des crises, mais dont dépend en permanence une bonne partie de l’économie mondiale. Et aujourd’hui, il est au cœur de toutes les inquiétudes. Ce qui se bloque dans le Golfe Persique se ressent rapidement dans les ports de Dakar, d’Abidjan, de Lagos ou de Mombasa. Les chaînes d’approvisionnement mondiales fonctionnent comme des vases communicants : une perturbation à un bout du monde se propage à l’autre bout, souvent plus vite et plus violemment dans les pays les moins armés pour y faire face. Et l’Afrique subsaharienne est précisément dans cette situation. I. Hormuz ou l’artère jugulaire de l’économie mondiale Imaginez un robinet par lequel passerait un cinquième du pétrole consommé dans le monde chaque jour. C’est exactement ce qu’est le détroit d’Hormuz. Entre 17 et 21 millions de barils de brut y transitent quotidiennement à bord de tankers géants. Fermez le robinet, et c’est toute la mécanique de l’économie mondiale qui grippe. Les analystes des grandes banques et institutions financières s’accordent sur un point : une fermeture du détroit, même temporaire, ferait exploser les cours du pétrole entre 150 et 250 dollars le baril. Des niveaux jamais atteints. Des alternatives existent, comme le pipeline saoudien IPSA, mais leur capacité est très insuffisante pour absorber un tel flux. Résultat : les délais s’allongeraient, les coûts s’envoleraient, et la facture serait présentée aux consommateurs du monde entier à commencer par les plus vulnérables. L’Afrique subsaharienne : un continent à nu face au choc pétrolier Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’Afrique n’est pas un continent pétrolier dans sa grande majorité. Sur 54 États africains, une quarantaine dépendent des importations d’hydrocarbures pour faire rouler leurs voitures, éclairer leurs villes et faire tourner leurs industries. Une flambée des prix du pétrole déclencherait une réaction en chaîne. D’abord, une explosion de la facture énergétique des États, avec des réserves de change déjà fragiles mises à rude épreuve. Ensuite, une inflation galopante sur les denrées alimentaires, puisque le pétrole irrigue toute l’économie, notamment le transport des marchandises, l’irrigation des champs, les engrais, la production d’électricité. Dans des pays où les ménages pauvres consacrent parfois les deux tiers de leurs revenus à se nourrir, toute hausse des prix alimentaires est une catastrophe sociale. À cela s’ajouterait la dépréciation des monnaie... www.dakaractu.com