A Bruxelles, Guy Parmelin signe les Bilatérales III que son parti transperce à coups de hallebardes

Le président de la Confédération et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont apposé leur signature sur 18 textes juridiques. Une cérémonie à laquelle se sont invitées les tensions au Moyen-Orient Une Ursula von der Leyen tout sourire, détendue, et un Guy Parmelin un peu raide, qui n'avait rien d'un poisson dans l’eau. La présidente de la Commission européenne et le président de la Confédération ont signé lundi le paquet d'accords Suisse-UE, ou «Bilatérales III», dans le VIP Room du Berlaymont, devant des crépitements de flashs, quelques journalistes et des négociateurs soulagés d'être arrivés au bout de leur chemin de croix. A l’extérieur du bâtiment sis en plein cœur de Bruxelles, le drapeau suisse flottait aux côtés des drapeaux européens. Ironie du sort, c’est donc l’UDC Guy Parmelin, dont le parti combat les accords à coups de hallebardes et dénonce un acte de «soumission» à Bruxelles, qui a dû se prêter au jeu. Sa venue dans la capitale européenne lui a inévitablement rappelé son déplacement au printemps 2021, pour une réunion de la «dernière chance» avec la présidente de la Commission, quelques semaines avant le psychodrame du 26 mai et l’abandon unilatéral par le Conseil fédéral de l’accord-cadre institutionnel. C’est lui qui s’était attiré les foudres d’Ursula von der Leyen en rompant les négociations. «Il se trouve en effet que j’étais dans les mêmes habits de président. Mais j’ai quand même changé de costume», a ironisé Guy Parmelin lundi, en fin de cérémonie, sans s'épancher davantage sur cette situation cocassse. Lire aussi: Bilatérales III: jusqu’ici tout va bien (mais tout reste à faire) Un stylo qui crisse sur les feuilles Depuis, l’orage a passé. Et l’acte officiel de lundi vient s'imposer comme une nouvelle étape d'une très longue et complexe saga en dents de scie, faite de rupture, de difficultés à retrouver une confiance mutuelle et de négociations (relancées en 2024) tendues. La suite est connue: pendant que le processus législatif suit son cours au sein de l'UE, le Parlement fédéral se penchera sur les accords et une votation populaire pourrait avoir lieu fin 2027 ou même en 2028. A Bruxelles, la cérémonie de la signature a donné lieu à une chorégraphie minutieuse. Une poignée de mains devant les médias, les derniers détails et échanges à régler à huis clos, puis une réapparition devant la presse, pour deux allocutions. Et enfin, la signature du paquet d’accords qui vise à consolider et moderniser les relations entre l’UE et la Suisse, de la libre circulation des personnes à l’énergie, en passant par la santé, les transports ou la recherche. Ursula von der Leyen et Guy Parmelin, côte à côte, ont apposé leur signature sur 18 actes juridiques (17 accords et une déclaration commune). Et à ce jeu-là, le président de la Confédération, dont le stylo crissait sur les feuilles, était le plus rapide. Mais toujours pas l’ombre d’un sourire. Sauf du côté d’Ursula von der Leyen, qui s’amusait de la rapidité de son «dear Guy». Enfin, une dernière photo, avec les négociateurs en chef, Richard Szostak, du côté de l’UE, et l’ambassadeur Patric Franzen, côté suisse, ainsi que le commissaire européen Maros Sefcovic. Lire aussi: Guy Parmelin est attendu le 2 mars à Bruxelles pour signer le paquet des bilatérales III avec Ursula von der Leyen «Un jour important pour l'UE et la Suisse» En cherchant régulièrement des yeux son interlocuteur qui préférait avoir les siens rivés sur le discours qu’il allait prononcer, Ursula von der Leyen louait quelques minutes plus tôt la «très bonne nouvelle» . «Aujourd’hui est un jour important pour l’Union européenne et pour la Suisse. Car si l’UE et la Suisse sont voisines sur le plan géographique, elles sont aussi partenaires par choix», a-t-elle lancé, après avoir listé les avantages des accords. Elle avait auparavant tenu à s’exprimer sur la situation au Moyen-Orient, condamnant les nombreuses attaques de représailles «imprudentes et aveugles menées par l’Iran», dont une «attaque de drone visant la base aérienne britannique à Chypre». Guy Parmelin a lui aussi fait passer l’Iran avant Bruxelles. Puis a parlé des accords passés avec l’UE comme d’un «ensemble équilibré, du point de vue du Conseil fédéral», «pragmatique et mutuellement avantageux, moteur de prospérité, d’emploi et de stabilité». Un premier accord, sur la participation de la Suisse aux programmes de l’UE – dont Erasmus + et Horizon Europe -, a été signé le 10 novembre, comme partie anticipée des Bilatérales III. C'est la seule exception. Guy Parmelin a comme Ursula von der Leyen salué le travail des négociateurs présents dans la salle. Sauf que lui n’a pas cité Maros Sefcovic. A l’heure des questions, les obstacles potentiels à une mise en œuvre des accords ont bien sûr été abordés. Avec plusieurs éléphants dans la salle. Quid, par exemple, de la votation de juin sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» de l’UDC? Guy Parmelin assure qu’une acceptation du texte n’impliquerait pas de «dénonciation immédiate de l’accord sur la libre circulation des personnes». Ursula von der Leyen a préféré de son côté dire «faire confiance». Et que se passerait-il si le paquet d’accords est présenté scindé en quatre, comme l'a évoqué le Conseil fédéral, et que celui sur l’électricité par exemple ne passe pas mais les autres oui? Là, encore, Ursula von der Leyen, a préféré noyer le poisson et dire croire en des «résultats positifs». «Car nous avons travaillé intensément». «Nous voulons désormais regarder en avant et plus en arrière», a-t-elle conclu. Un appel clair à une nouvelle dynamique dans les relations entre la Suisse et l’UE. Un peu plus tard, un haut fonctionnaire de l'UE a laissé transparaître une certaine impatience à l'idée qu'une votation suisse, qui scellera définitivement le sort des accords, pourrait n'intervenir qu'en 2028. Lire aussi: Bilatérales III: pour convaincre, le Conseil fédéral mise sur la transparence