Le gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Jean-Claude Kassi Brou, a annoncé ce matin la décision du Comité de politique monétaire de réduire le principal taux directeur de 25 points de base, le ramenant de 3,25 % à 3,00 %. Une décision portée, selon le gouverneur, par le net repli de l'inflation et l'amélioration globale des fondamentaux économiques de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). C'est une inflexion attendue, mais qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel qui pousse le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a annoncer ce matin la décision d'abaisser le taux directeur de 25 points de base, le faisant passer de 3,25 % à 3,00 %. Le taux de prêt marginal a également été ajusté à la baisse en conséquence. L'annonce a été faite à l'issue de la première réunion du Comité de politique monétaire (CPM) au titre de l'année 2026. Cette baisse, la première depuis plusieurs mois, traduit la confiance des autorités monétaires dans la trajectoire de désinflation observée dans la zone UEMOA. Elle vise à soutenir le financement de l'économie réelle, en particulier du secteur privé, dans un contexte de stabilisation macroéconomique. Une inflation tombée à zéro, voire en territoire négatif Le principal moteur de cette décision réside dans l'évolution remarquable des prix à la consommation. Après un taux d'inflation de 3,5 % en 2024 au-dessus de la cible de la banque centrale fixée entre 1 % et 3 %, l'indice des prix poursuit sa décrue tout au long de l'année 2025, pour s'établir à 0 % en fin d'exercice. Mieux encore, les mois de novembre et de décembre ont enregistré des taux d'inflation négatifs, à -0,8 %, traduisant une déflation ponctuelle. Plusieurs facteurs convergents expliquent ce repli. Les prix des denrées alimentaires importées ont fortement baissé : le riz, dont la région est structurellement importatrice, a vu son coût reculer de près de 30 % ; le sucre importé a suivi la même tendance, avec une baisse équivalente ; le lait importé a quant à lui enregistré un recul de plus de 10 %. À cela s'ajoute la baisse des cours des produits pétroliers sur les marchés internationaux, qui a allégé la facture énergétique de pays demeurés importateurs nets de pétrole malgré la progression de leur production locale. La bonne campagne agricole 2025 avec une croissance du secteur supérieure à 8 % dans l'ensemble de la région a également contribué à bien approvisionner les marchés en produits vivriers. Enfin, plusieurs États membres ont déployé des programmes de soutien à la sécurité alimentaire, combinant ventes à prix subventionnés et distributions gratuites de céréales dans les zones vulnérables, ce qui a pesé à la baisse sur les prix. Une croissance régionale qui résiste, portée par les hydrocarbures La décision du CPM s'inscrit dans un tableau macroéconomique globalement favorable. La croissance économique de la région a atteint 6,7 % en 2025, en accélération par rapport aux 6,4 % enregistrés en 2024. Cette dynamique est alimentée par la performance agricole, la vigueur des secteurs des services et de l'industrie manufacturière, ainsi que par la montée en puissance de la production d'hydrocarbures. La production pétrolière régionale — assurée par le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Niger a progressé de plus de 30 % en 2025, pour atteindre près de 256 000 barils par jour. Au plan extérieur, le solde courant de l'Union s'est sensiblement amélioré. La hausse des exportations d'hydrocarbures, conjuguée à l'envolée des cours de l'or, du cacao et de la noix de cajou sur les marchés mondiaux, a permis de réduire significativement le déficit de la balance des paiements. Les réserves de change de la BCEAO couvrent désormais plus de sept mois d'importations de biens et services, leur niveau le plus élevé depuis quatre ans, période marquée par de vives tensions extérieures. Un signal favorable au secteur bancaire et au secteur privé En abaissant son taux directeur, la BCEAO envoie un signal d'assouplissement aux établissements de crédit, invités à répercuter cette détente sur le coût des financements accordés aux entreprises et aux ménages. Les crédits au secteur privé affichent déjà une légère accélération, progressant d'environ 5,4 % à un rythme supérieur à celui enregistré l'an passé. Le CPM entend amplifier cette tendance pour soutenir l'investissement et la consommation dans les prochains mois. Pour 2026, la banque centrale anticipe un retour de l'inflation dans sa cible, autour de 1,5 %, tandis que la croissance mondiale devrait se maintenir à 3,3 % selon les prévisions du Fonds monétaire international. Un environnement qui, selon le CPM, justifiait pleinement ce geste d'assouplissement monétaire. www.dakaractu.com