Portée par une distribution romande magnifique et mise en scène avec brio et malice par Jean Liermier, la grande comédie de Molière enchante, à Carouge avant le TKM à Renens Feu l’abbé Pierre aurait apprécié la performance en connaisseur. Au Théâtre de Carouge jusqu’au 2 avril, avant le TKM à Renens, Philippe Gouin est comme un frère pour le cofondateur du mouvement Emmaüs, ce prêtre si charitable sous les projecteurs de la renommée, si déplorable dans la grande nuit de ses pulsions. L’acteur fait le diable en Tartuffe, maigre comme le petit père des pauvres dans le grand froid de l’hiver 1954 à Paris, agile comme un chat de gouttière dans sa robe taupe, grenouille de bénitier ce qu’il faut avec son chapelet autour du cou et sa petite croix. Un dévot de farces et attrapes, l’esprit d’un spectacle merveilleusement joueur. Car dans la nouvelle création de Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge pour quelques mois encore, le principe de plaisir est roi. Et l’alexandrin de Molière est un régal de chaque instant. Douze pieds bien musclés, c’est-à-dire galopant ou dansant selon les circonstances, fusant aussi, quand il faut, comme la flèche. Jean Liermier ne révolutionne pas cette comédie qui a valu en 1664 à Jean-Baptiste Poquelin les foudres de l’archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, comme le raconte Georges Forestier dans Molière (Editions Gallimard, 2018), biographie qui fait date. Ce prélat au langage très fleuri plaide auprès du jeune Louis XIV: on ne peut pas obliger les jansénistes rebelles à rentrer dans les rangs du catholicisme d’un côté et tolérer une pièce «absolument injurieuse à la religion» de l’autre. Voir plus