Billets noirs d’un milliard de FCFA : un commandant de l’armée et trois coaccusés risquent 10 ans de prison

Une affaire spectaculaire de faux billets noirs évalués à près d’un milliard de FCFA a refait surface devant le Tribunal correctionnel de Pikine-Guédiawaye. Selon les révélations du quotidien L’Observateur, un officier supérieur de l’armée sénégalaise et trois autres prévenus comparaissaient mardi dans ce dossier qui avait déjà fait grand bruit en 2023. Au cœur de l’affaire se trouve Ibrahima Chimère Barro, commandant et chef de corps du Bataillon de la musique principale des forces armées depuis plus de trente ans. Aux côtés de l’officier comparaissent Hubert Assogba, ancien technicien audiovisuel reconverti dans l’immobilier, Mbacké Sow Ndiaye, étudiant, et Mamadou Fatou Ndiaye, agent des Postes basé à la Médina. Les quatre hommes sont poursuivis pour association de malfaiteurs, tentative de falsification de billets de banque, contrefaçon de signes monétaires et détention de matériel de contrefaçon. Pourtant, devant la barre, tous ont rejeté en bloc les accusations portées contre eux. Le commandant renie ses premières déclarations Au cours de l’audience, le commandant Barro a surpris l’assistance en revenant totalement sur ses déclarations faites lors de l’enquête préliminaire. Selon L’Observateur, l’officier a affirmé avoir inventé l’histoire qu’il avait racontée aux gendarmes. « Je nie les faits. J’ai raconté une histoire parce qu’un supérieur m’avait dit de reconnaître les faits. Il m’avait assuré que l’affaire allait se régler en quinze jours », a-t-il déclaré devant le tribunal. Pourtant, lors de l’enquête, il avait affirmé avoir reçu un colis contenant des billets noirs remis par un individu identifié comme Serigne Mbaye, domicilié à Touba. Devant les juges, il a catégoriquement rejeté cette version. Selon lui, le jour de son arrestation, il avait simplement quitté le Camp Leclerc avant de prendre deux jeunes en auto-stop à hauteur de la Foire. Tous se rendaient à Keur Massar pour visiter un appartement à louer. Une arrestation controversée Toujours d’après L’Observateur, le commandant affirme que les gendarmes les auraient encerclés avant de les conduire dans un appartement où une sacoche contenant les fameux billets noirs aurait été découverte. « Je n’ai jamais détenu ces billets. Je ne les ai vus qu’à la brigade quand le Major Kandji m’en a montré un », a-t-il insisté. Les trois autres prévenus ont également nié toute implication dans cette affaire. Des coaccusés qui rejettent les accusations Hubert Assogba, ancien technicien audiovisuel, explique avoir rencontré le commandant Barro une seule fois dans son bureau au Camp Leclerc pour préparer un événement musical. « Je suis venu pour une affaire d’instruments à vent. C’est la seule fois où je l’ai vu », a-t-il déclaré. Le jour de son arrestation, il affirme qu’il se trouvait à Keur Massar pour installer une sonorisation dans une église. De son côté, Mamadou Fatou Ndiaye reconnaît seulement connaître l’étudiant Mbacké Sow Ndiaye, qu’il présente comme un proche. Les deux hommes affirment s’être rendus à Keur Massar pour visiter un appartement à louer. Quant à l’étudiant, il soutient avoir été arrêté à la sortie d’une boutique où il rechargeait son téléphone. « Je n’avais sur moi qu’un parfum et de l’argent que je devais remettre à ma mère à Malika. Je n’ai jamais vu ces billets noirs », a-t-il affirmé. Une défense qui dénonce un dossier vide Au fil des débats, les avocats de la défense ont tenté de démonter le dossier de l’accusation. Selon eux, plusieurs éléments essentiels manquent au dossier. Comme le rapporte L’Observateur, aucun billet noir n’a été présenté devant le tribunal, aucun matériel de contrefaçon n’a été saisi, et aucun scellé officiel ne figure dans la procédure. « Sans scellés, le procès est tué dans l’œuf », a lancé l’un des avocats. La défense a également insisté sur l’absence d’expertise technique permettant de déterminer si les supposés billets noirs pouvaient réellement être transformés en véritables billets après lavage. Le parquet réclame 10 ans de prison Le ministère public ne partage pas cette analyse. Pour le procureur, les gendarmes ont bel et bien démantelé un réseau organisé autour de la technique des billets noirs. Selon lui, les rôles étaient clairement répartis : •  Ibrahima Barro aurait détenu les billets noirs, •  Hubert Assogba aurait joué le rôle de démarcheur, •  tandis que les deux Ndiaye auraient été chargés du lavage et de la mise en circulation des faux billets. Le parquet regrette également que les prévenus reviennent aujourd’hui sur leurs aveux faits lors de l’enquête. Estimant les faits particulièrement graves, le procureur a requis 10 ans de prison ferme et une amende de 20 millions de FCFA contre chacun des accusés. Verdict attendu en avril Placés en détention depuis près de trois ans, les quatre hommes jouent désormais leur avenir judiciaire. Après plusieurs heures de débats, le tribunal a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Le verdict sera rendu le 15 avril prochain, conclut L’Observateur. www.dakaractu.com