Air Sénégal entre turbulences et espoir : La compagnie attend l'État au tournant...

Endettée à hauteur de 131 milliards de francs CFA, opérant avec seulement trois appareils en location, Air Sénégal se trouve à la croisée des chemins. Une réunion décisive ce lundi à la Primature doit statuer sur l'avenir du pavillon national, tandis que la compagnie attend toujours la concrétisation de décisions financières prises depuis plus d'un an. La fragilité est structurelle, et la compagnie ne s'en cache plus. Lors du « Ndogou avec la presse », Assane Samb, directeur commercial et marketing d'Air Sénégal, a fait un diagnostic sans complaisance. Avec seulement trois avions en service, tous loués, la compagnie nationale ne dispose d'aucune marge de manœuvre face aux aléas opérationnels inévitables dans le transport aérien. La moindre panne suffit à provoquer des perturbations en cascade, et la compagnie se retrouve régulièrement exposée aux critiques des passagers et des médias pour des annulations qui, dans une flotte plus étoffée, passeraient inaperçues. Le contraste avec les grandes compagnies est saisissant. Là où un transporteur disposant de plus de 400 appareils peut substituer un avion défaillant en moins d'une heure, Air Sénégal se trouve démunie. La ligne Paris, vitrine intercontinentale de la compagnie, illustre parfaitement cette vulnérabilité : desservie par un unique appareil loué, une panne sur cet avion reviendrait à clouer au sol la principale liaison longue distance, sans possibilité de remplacement immédiat. « C'est vraiment le problème majeur que nous avons actuellement et que nous n'arrivons pas à résoudre sans le soutien de l'État », a reconnu Assane Samb. Une bonne nouvelle est toutefois annoncée. En effet, deux Boeing sont attendus d'ici la fin du mois de mars, ce qui devrait apporter un minimum de répit opérationnel. La fragilité n'est pas seulement celle de la flotte. Elle est aussi financière, et ses proportions donnent le vertige. En 2024, les fonds propres d'Air Sénégal affichaient un solde négatif de 137 milliards de francs CFA, auxquels s'ajoutent 131 milliards de dettes, pour un total qui dépasse les capacités propres de la compagnie à se redresser seule. Un dirigeant de la compagnie a néanmoins présenté, lors du même événement, une feuille de route censée permettre un assainissement financier sans que l'État ait à débourser un seul franc. Le mécanisme proposé repose sur un « coup d'accordéon ». Dans ce cas, les concours de l'État seraient convertis en actions, les pertes accumulées absorbées, et les fonds propres reconstitués à zéro le tout par voie d'écritures comptables. À ce dispositif s'ajoute une convention de décaissement permettant de transférer une partie de la dette portée par la compagnie vers le bilan de l'État, afin d'assainir les comptes et de redonner à Air Sénégal la crédibilité nécessaire pour se présenter aux banques et lever des fonds dans le cadre de son plan stratégique quinquennal. Par ailleurs, un mécanisme de compensation des dettes croisées entre la compagnie et l'État pourrait permettre d'effacer jusqu'à 71 milliards de francs CFA supplémentaires. Ces propositions ont pourtant déjà fait l'objet de décisions formelles une première fois le 3 avril 2025, une seconde fois le 11 février 2026. Mais à ce jour, aucune de ces résolutions n'a été traduite en actes. « Nous sommes toujours en attente de la matérialisation effective de ces décisions pour pouvoir avancer », a conclu le dirigeant, dans des propos qui sonnent à la fois comme un appel et comme un avertissement. Sur le plan capitalistique, la ligne de partage est désormais clairement établie : la maison mère, intégralement détenue par l'État à travers la Caisse des Dépôts et Consignations, restera fermée à tout investisseur extérieur. En revanche, les filiales du groupe dont Air Sénégal Express sont ouvertes à des partenaires privés, étrangers comme nationaux. « Nous sommes suspendus à leur intérêt pour pouvoir matérialiser cette ouverture de capital », a indiqué le dirigeant, soulignant que la réponse du marché conditionne la prochaine étape. C'est dans ce contexte de fragilité accumulée et d'attentes non satisfaites que se tient ce lundi, à la Primature, une réunion décisive sur l'avenir du pavillon national. Air Sénégal avec ses ailes fragilisées et des ambitions en bandoulière, attend de l'État qu'il passe enfin des décisions à l'action. www.dakaractu.com