Le parlement de la ville genevoise s’est réuni lundi pour la première fois en neuf mois après deux scrutins marqués par des irrégularités. L’enquête pénale et un recours auprès du Tribunal fédéral pourraient encore venir troubler la législature Il n’y a pas eu de petits-fours à l’issue de la séance de prestation de serment du Conseil municipal de Vernier. L’heure n’était pas aux célébrations et il flottait une étrange atmosphère, lundi soir, sous les combles de la mairie, où le parlement a enfin pu tenir sa première séance de la législature. «On a des sentiments mitigés. D’un côté, on éprouve un certain soulagement à l’idée que la commune puisse aller de l’avant. De l’autre, on espère que ce ne soit pas pour rien car tout n’est pas réglé», observe la MCG Ana Roch, l’air maussade malgré sa réélection. Le Tribunal fédéral doit encore se prononcer sur un recours déposé par plusieurs élus et citoyens , tandis que l’enquête pénale n’a pas permis d’identifier les auteurs de la fraude à ce stade. La dernière fois que le Conseil municipal de Vernier s'était réuni, c’était le 20 mai 2025. Depuis, 300 jours exactement se sont écoulés, plus de neuf mois, «la durée d’une grossesse», fait remarquer l’UDC Howard Nobs, élu par ses pairs au perchoir, dans une brève allocution. Quelques minutes plus tôt, le PLR Claude Angeloz, doyen de l'hémicyle, a insisté sur «le sens du devoir et des responsabilités» qui incombe aux élus. Des mots convenus, mais qui résonnent tout particulièrement dans cette ville genevoise de 37 000 habitants. Lire aussi: A Genève, la justice confirme l’élection du Conseil municipal de Vernier Ne pas oublier «la gravité» des faits Au printemps 2025, l’élection du Conseil municipal a été annulée par la justice. Des soupçons sont apparus après les révélations de la T ribune de Genève mettant en lumière des anomalies statistiques. Plus de 600 bulletins ont été remplis systématiquement de la même manière: en faveur de liste Libertés et justice sociale (LJS) – le parti de Pierre Maudet – mais avec l’ajout de trois candidats d’autres formations (PS, MCG et PLR), chacun issu d’une communauté étrangère distincte. Alors que l’hypothèse d’un système de captation d’enveloppes de vote reposant sur les réseaux communautaires émerge, une expertise en écriture portant sur 290 bulletins démontre qu’une dizaine d’individus ont rempli la quasi-totalité de l’échantillon . À l’automne, un deuxième scrutin est organisé. LJS choisit de ne pas se présenter , mais une majorité de ses candidats se regroupent malgré tout sous une nouvelle «Liste égalité et diversité», dite «LED». Ils sont rejoints par deux des trois candidats ayant bénéficié des ajouts massifs suspects. Au terme d’ une campagne empreinte de suspicion , la stupeur gagne à nouveau la commune lorsque le Conseil d’Etat décide ne pas publier les résultats en raison de nouvelles irrégularités. Le gouvernement finit toutefois par entériner le scrutin en s’appuyant sur une nouvelle expertise attestant d’un impact «limité» sur les résultats. «Le message envoyé est problématique. C’est soit il y a une fraude, soit il n’y en a pas», estime Ana Roch, qui est aussi la présidente du Grand Conseil. «Les gens ont tendance à oublier la gravité des faits», pointe le socialiste Thibaut Jotterand. Lire aussi: Election à Vernier: malgré de nouvelles fraudes, Genève choisit de publier les résultats du scrutin Des soupçons qui perdurent Après le rejet du recours par la justice genevoise en février, le dossier est désormais entre les mains du Tribunal fédéral. La semaine dernière, les juges de Mon Repos n’ont pas jugé bon de prononcer des mesures provisionnelles urgentes, ouvrant ainsi la voie à la prestation de serment. Le maire de Vernier Gian-Reto Agramunt respire à l’idée que la commune puisse rattraper le retard pris dans le vote de nombreux investissements. Le PLR ne commente toutefois pas le fond de l’affaire. «On exécute les décisions de la justice, ainsi que celles du Conseil d’Etat», se borne-t-il à déclarer. Le centriste Yves Magnin s’est montré moins prudent. «Aujourd’hui, parmi nous, siègent des gens qui ont probablement profité de la fraude électorale», a lâché le conseiller municipal, disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans une salle bondée, alors que les esprits commençaient à s’échauffer autour du nombre de représentants par parti au sein des commissions. Au cœur des soupçons et des spéculations, les quatre élus de la liste LED n’ont rien laissé paraître, affichant un sourire ravi et prenant la pose dans la cour de la Mairie. «En tant que politicien, on ne doit pas faire le travail de la justice», anticipait en amont de la séance Djawed Sanged, la tête de liste. Menacé d’exclusion de LJS s’il venait à siéger à Vernier, le député assure n’avoir reçu «aucune lettre officielle» en ce sens de son parti. Il rappelle qu’il pourra, le cas échéant, continuer à exercer son mandat au Grand Conseil en tant qu’indépendant.