C’est la cinquième fois que les citoyens sont appelés à choisir entre deux candidats pour incarner une fonction cardinale au sein du pouvoir judiciaire. Un système qui a une longue histoire et qui étonne toujours au-delà des frontières cantonales Vu du reste de la Suisse, et encore plus des pays voisins, l’exercice a quelque chose d’exotique. A intervalles réguliers, Genève élit son procureur général au suffrage universel. Une spécificité qui donne lieu à des campagnes animées, aux accents parfois partisans, comme c’est le cas ces dernières semaines avec le duel opposant Olivier Jornot, magistrat sortant, et Pierre Bayenet. Cette particularité montre aussi l’importance conférée ici à la fonction de ce maître de l’action publique, détaché du gouvernement, mais aussi porte-parole et défenseur du pouvoir judiciaire face aux pouvoirs exécutif et législatif. Plongée dans cette longue histoire émaillée d’enjeux et d’empoignades. Ce mode de désignation, objet de curiosité et de perpétuelles polémiques sur le thème de campagnes pouvant dériver vers des attaques personnelles ou vers des promesses peu compatibles avec la fonction, trouve son ancrage dans une tradition multiséculaire. L’élection populaire vise avant tout à garantir un principe que l’ancien patron du parquet genevois, Bernard Bertossa (1990-2002), résumait ainsi: «Pour être réellement indépendant, le procureur général doit tirer sa légitimité de la même source que les autres pouvoirs». Une indépendance d’autant plus cruciale que le Ministère public fait office de porte d’entrée de la justice pénale et que, sans sa curiosité ou sa volonté, certaines procédures pourraient simplement ne jamais exister. Voir plus