A trois mois du G7, les contours du droit de manifester font l’objet d’un âpre bras de fer au bout du Léman, comme ailleurs en Suisse. La droite et le centre voudraient empêcher les manifestants de paralyser le centre-ville le samedi. Une proposition contraire au droit, alarme l’opposition Sur le pont du Mont-Blanc, on y danse. Surtout le 14 juin. Cet axe de circulation stratégique, balcon sur le Rade et le jet d’eau, est un haut lieu de la manifestation à Genève, les archives du Journal de Genève en sont témoins . En 1937 déjà, les poids lourds y défilaient pour protester contre le prix de la benzine. En 1981, on y fêtait la résistance chilienne. En 1995, les taxis faisaient grève sur le bitume et en 2019, de jeunes écologistes s’y collaient les mains avant que ne déferle la marée violette. En 2020, la foule mettait un genou à terre pour George Floyd et en septembre dernier, des milliers de personnes faisaient silence pour Gaza, le Rhône sous les baskets. Jamais le pont du Mont-Blanc et ses 252 mètres de béton armé n’ont été si convoités que ces dernières années. En dix ans, le nombre de manifestations politiques a progressé de plus d’un tiers à Genève. Elles étaient 458 l’an dernier contre 315 en 2015, avec un pic de 491 en 2023 – protestations statiques comprises. Cette progression s’accompagne d’une volonté marquée des organisateurs de passer d’une rive à l’autre. Traverser le pont est un moment de communion, un «moment galvanisant», explique Maeva Terbois, une étudiante en droit genevoise qui s’engage depuis 2023 pour Gaza. «Sur le pont, on prend conscience du nombre de participants, ce qui est plus difficile dans les rues étroites. On sent un élan, le collectif.» Voir plus