ÉDITORIAL. A la veille de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois, le futur chef du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) héritera d’une structure en crise. Mais au-delà des hommes et des femmes, c’est une dérive systémique qui inquiète: celle d’un gouvernement entier qui, par peur du risque, préfère le micromanagement à la vision stratégique C’est un malaise qui ne fait plus de bruit en tombant, tant les démissions en cascade à la Direction générale de la santé (DGS) ressemblent au métronome de l’impuissance. Dimanche, les Vaudois éliront un nouveau conseiller d’Etat. Mais au-delà des noms, le mal qui ronge le château Saint-Maire est profond: une «technocratisation» du pouvoir qui transforme les ministres en gestionnaires de risques plutôt qu’en bâtisseurs de politiques publiques. L’analyse de terrain est sans appel. Au DSAS comme ailleurs, une mutation silencieuse s’est opérée. Hier, le conseiller d’Etat fixait le cap et laissait aux hauts fonctionnaires – chefs de service, directeurs, médecins cantonaux – le soin de naviguer. Aujourd’hui, l’horizontalité nécessaire à une gouvernance saine a cédé la place à une verticalité étouffante. Sous prétexte de «maîtriser l’agenda» ou d’éviter le bad buzz , le politique descend dans la salle des machines, court-circuitant l’expertise technique. Le DSAS: laboratoire d’un gâchis Le Département de la santé est l’exemple le plus criant de cette dérive. On y a remplacé des spécialistes de santé publique par des profils financiers, privilégiant les assessments à l’expérience de terrain. Cette méfiance envers les experts crée un cercle vicieux: les hauts fonctionnaires, autrefois forces de proposition, se muent en simples exécutants avant de jeter l’éponge. On ne gère plus la santé des Vaudois, on gère le risque de ne pas être réélu. Ce mal n’est pas l’apanage d’un seul département. C’est une pathologie qui gagne l’ensemble du Conseil d’Etat. Le futur ministre vaudois, qu’il s’appelle Roger Nordmann ou Jean-François Thuillard, devra faire preuve d’une qualité rare: l’humilité. Le pouvoir n’est pas la confiscation de la décision, mais la capacité à orchestrer des compétences. Pour redonner du souffle à l’administration, il faudra reconstruire une équipe soudée où chacun reconnaît sa place. Il est temps que le politique remonte au balcon pour voir loin, et laisse les experts tenir le gouvernail. Sans ce changement de paradigme, le prochain magistrat ne fera qu’assister à une hémorragie de talents, que l’Etat de Vaud ne peut plus se permettre.