Fraternité Matin
À l’approche de la fête de Pâques, prévue cette année pour le dimanche 5 avril 2026, les gares routières d’Abidjan sont envahies par une foule inhabituelle.Ce vendredi 3 avril 2026, à Adjamé véritable plaque tournante du transport interurbain, l’effervescence est particulièrement marquée.Dès le matin, une multitude de voyageurs, majoritairement originaires du centre du pays, affluent pour rentrer chez eux et célébrer le traditionnel « Paquinou ».**media[275738]**Les compagnies assurant les liaisons vers Bouaké, Tiébissou, Sakassou, Dimbokro ou Bongouanou sont fortement sollicitées.Devant les guichets, les files ne cessent de s’allonger, tandis que les rabatteurs redoublent d’efforts pour remplir les véhicules. « On dirait une compétition ! », plaisante un passager, amusé par cette agitation et la rivalité entre transporteurs.Chaque année, cette période provoque un important déplacement de population, notamment chez les Baoulé vivant à Abidjan, qui rejoignent leurs localités pour retrouver leurs proches. Bien plus qu’une simple fête religieuse, Paquinou représente un moment fort de partage, d’identité culturelle et de transmission des traditions.Paquinou : une célébration profondément ancréeLe mot « Paquinou », issu de l’expression « Pâques nouvelles », évoque une période de renouveau, de réconciliation et de solidarité en pays baoulé. Cette tradition remonte à l’époque coloniale, lorsque les populations converties au christianisme ont intégré Pâques à leurs pratiques, en y mêlant leurs coutumes.Aujourd’hui, l’événement attire chaque année de nombreux participants, notamment à Bouaké, capitale du Gbêkê, mais aussi à Sakassou, berceau du peuple baoulé, ainsi qu’à Bongouanou et Tiébissou. Au programme : danses, repas en commun, visites familiales et moments de convivialité.Bouaké en pleine animationÀ Bouaké, justement, l’ambiance est déjà bien installée. Un voyageur arrivé de Dimbokro le jeudi 2 avril raconte : « À la gare UTB, j’ai été surpris par le trafic. Les voitures semblaient entassées, comme coincées, mais continuaient pourtant d’avancer. »De la gare jusqu’à la préfecture de police, la circulation reste dense et parfois désordonnée, même si elle est régulée par moments grâce aux feux tricolores.**media[275739]**Les taxis, eux, sont très demandés. « Impossible de trouver un taxi pour la cité CIDT. Beaucoup de gens attendaient, même une personne en situation de handicap n’arrivait pas à en trouver », explique-t-il.À la gare, l’ambiance sonore est tout aussi frappante : conversations animées, appels des transporteurs, klaxons... et surtout une forte présence de la langue baoulé. « Derrière moi, des femmes parlaient fort en baoulé. Il y en a vraiment beaucoup ici, c’est impressionnant », confie-t-il avec étonnement.Cette forte affluence s’explique par le rôle central de Bouaké, véritable cœur du pays baoulé. Pendant Paquinou, la ville devient un point de rassemblement majeur pour les populations venues de diverses régions.Un défi pour les autoritésFace à cette mobilisation massive, les autorités mettent généralement en place des dispositifs de sécurité renforcés. Police, gendarmerie et services de protection civile sont déployés pour encadrer les déplacements et limiter les risques.Les compagnies de transport, de leur côté, multiplient les rotations pour répondre à la demande, même si celle-ci dépasse souvent l’offre. Cela peut entraîner une hausse des prix et rendre les conditions de voyage plus difficiles.Malgré tout, l’enthousiasme autour de Paquinou ne faiblit pas. Cette fête reste un moment essentiel pour de nombreux Ivoiriens, symbole de retour aux racines et de retrouvailles.À travers l’agitation observée à Abidjan et à Bouaké, c’est toute une culture qui s’exprime, portée par l’envie de partager et de célébrer ensemble.
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