Le Temps
EDITORIAL. Le ministre chinois de l’éducation était récemment en Suisse pour relancer les échanges en matière de formation. Les services de renseignement tirent à juste titre la sonnette d’alarme sur les risques d’espionnage. Mieux vaut être averti, sans pour autant tomber dans la parano La Chine fut un temps l’empire de la copie. Depuis quelques années, elle s’impose comme un centre d’innovation. D’atelier du monde, elle veut en devenir un laboratoire et – pourquoi pas – prendre le relais de l’Occident comme locomotive du progrès technologique au XXIe siècle en formant des millions d’ingénieurs. Ce programme est planifié par le parti, validé par le parlement, avec des objectifs ambitieux dans la plupart des secteurs de pointe (AI, quantique, biosciences) à réaliser d’ici 2035. Huai Jinpeng, son ministre de l’éducation, était il y a peu en Suisse pour tenir ce discours afin de relancer les liens académiques mis à mal par l’épisode du Covid. Ces échanges sont déjà riches. Ils pourraient l’être davantage, avec la promesse d’un nouveau savoir-faire chinois à partager. Pour Pékin, la Suisse est un terrain idéal: petite, neutre et à la pointe de l’innovation, elle offre un champ d’expérimentation en matière de coopération au cœur de l’Europe. Cela s’est traduit, il y a dix ans par un «partenariat stratégique innovant». Rester alerte sans tomber dans la parano Ce rôle de «pont» avec Pékin que s’attribue volontiers Berne depuis un quart de siècle est toutefois remis en question avec l’affirmation de la puissance chinoise et ses méthodes de captation des richesses et du savoir. Voilà plusieurs années que le Service de renseignement de la Confédération alerte sur l’espionnage chinois qui cible non seulement l’industrie mais les milieux académiques. La menace est bien réelle. La nature du régime chinois, la loyauté patriotique exigée de ses citoyens, partout dans le monde, en font un cas à part. Lire aussi: Malgré les doutes, Genève tient à son Institut Confucius Depuis un an ou deux, les EPF et hautes écoles du pays en ont pris acte et explorent des mesures de contrôles sans enfreindre la liberté académique et malgré la réticence, parfois, des chercheurs. Cette veille est nécessaire. Il ne s’agit pas d’interdire le sol suisse aux chercheurs chinois, comme ont tenté de le faire l’an dernier les Etats-Unis, avant de se raviser. Mais d’être en alerte dans un contexte géopolitique plus tendu que jamais. Sans tomber dans la parano. Les 4000 étudiants et chercheurs chinois inscrits en Suisse ne sont pas tous des espions, loin de là. Beaucoup participent des progrès des recherches et des entreprises en Suisse. Pourquoi se priver de ces talents? Mais sans non plus se leurrer sur le pouvoir chinois que certains décrivent un peu vite comme un gouvernement d’ingénieurs. Il reste en réalité fondamentalement liberticide. Lire aussi: Huai Jinpeng, un ministre accueilli les bras ouverts et avec quelques interrogations sur l’espionnage chinois
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