Le Temps
Malgré plusieurs signalements de gestes inappropriés, un employé de crèche a pu travailler avec des enfants pendant des années. En Suisse alémanique, cette affaire soulève de nombreuses questions sur la prévention des abus dans les crèches C’est «la chronique d’un échec dont les victimes principales sont des enfants innocents», souligne ce dimanche la NZZ am Sonntag , revenant sur une affaire qui secoue la Suisse alémanique depuis deux semaines. De nouveaux éléments confèrent à ce dossier une dimension «tragique», estime l’hebdomadaire zurichois. En Suisse alémanique, cette affaire soulève de nombreuses questions sur la prévention des abus dans les crèches. Dans l’accueil de la petite enfance, il n’existe pas de liste, comme pour les écoles, d’éducateurs dont l’autorisation d’exercer aurait été retirée. S., un employé de crèche d’une trentaine d’années, est accusé d’abus sexuels sur 15 enfants, dans deux établissements, à Winterthour et à Berne. Or selon la NZZ am Sonntag , deux signalements distincts et concordants auraient été émis bien avant la première dénonciation, déposée par la crèche de Winterthour auprès de la police zurichoise, en 2022. Lire aussi: Manon Schick: «Tous les cantons connaissent une hausse de signalements d’enfants en danger» A l’origine de cette plainte de 2022, le signalement par la mère d’un enfant. Elle avait indiqué à la direction des agissements inappropriés rapportés par sa fille de quatre ans, poussant la crèche de Winterthour à signaler le cas aux autorités. Le ministère public zurichois n’a pas ouvert d’enquête pénale. Deux signalements Or, en octobre 2020 déjà, une autre mère aurait alerté la direction de la crèche de Winterthour, affirme la NZZ am Sonntag . Sa fille avait décrit des gestes déplacés de la part de l’employé. Elle aurait raconté qu’il «caressait» les enfants dans une salle où ils étaient installés pour la sieste. La direction de la crèche lui aurait alors promis de renforcer la surveillance, notamment en évitant qu’un employé ne se retrouve seul avec des enfants. Malgré cet engagement, les abus auraient perduré. A la même période, un apprenti aurait également signalé un comportement qu’il jugeait «inhabituel» et «dépassant les limites». Il aurait décrit, lui aussi, des caresses dans la salle dédiée à sieste. Contactée par la NZZ am Sonntag , l’organisation faîtière de la crèche affirme qu’il s’agit d’informations «complètement nouvelles», qu’elle n’a pas encore pu vérifier, et déclare prendre ces éléments «très au sérieux». Elle doit désormais répondre à la colère des parents dont les enfants ont fréquenté cette structure lorsque l’homme y travaillait, et pour qui une séance d’information est prévue ce lundi. Autre élément marquant, rapporté par la NZZ am Sonntag , la communication aux parents, au moment d’annoncer le départ de cet employé, par la direction de la crèche de Winterthour. Le ton, «étonnamment chaleureux», évoquait un employé «très apprécié», dont on saluait «l’engagement». Et dans un certificat de travail, cité par le journal, la hiérarchie mentionnait que la question de la «proximité et distance» avait été identifiée comme un axe d’amélioration pour l’employé. Lire aussi: Entre les murs de Dis no, l’association qui écoute l’inaudible pour protéger les enfants des violences sexuelles Malgré ces antécédents, S. est embauché en mars 2023 dans une crèche à Berne. Ce n’est qu’en février 2024 qu’il attire l’attention de la police bernoise, en raison de sa consommation de contenu pédopornographique en ligne. Lors de la perquisition, des vidéos des abus commis sur son lieu de travail auraient été retrouvées. D’après l’acte d’accusation cité par la SRF , le trentenaire est soupçonné d’avoir commis des actes d’ordre sexuels sur des enfants âgés de un à quatre ans entre septembre 2021 et novembre 2023. Il est actuellement en détention et aurait admis les faits, dans les grandes lignes.
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