Le Temps
Un «nouvel ordre mondial dangereux» est en train d’émerger, alerte Amnesty International dans son rapport annuel 2025. L’ONG dénonce des attaques systématiques menées par des Etats puissants et des multinationales contre le multilatéralisme, le droit international et les droits humains. Selon son rapport annuel 2025 publié mardi, Amnesty International met en garde contre une dérive inquiétante de l’ordre mondial. L’organisation alerte sur l’émergence d’une ère marquée par l’inégalité, l’impunité et un recul généralisé des droits fondamentaux si les violations actuelles continuent d’être tolérées. Le rapport fait état d’une «augmentation dramatique des crimes les plus graves au regard du droit international». Plusieurs Etats, dont Israël, les Etats-Unis, la Russie et les Emirats arabes unis, sont pointés du doigt pour leur rôle dans l’intensification des conflits, à travers des interventions militaires, des livraisons d’armes ou un soutien direct à des groupes armés. Les situations à Gaza, en Ukraine, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient sont particulièrement mises en avant. Lire aussi: 7-Octobre: Amnesty International accuse pour la première fois le Hamas de crimes contre l’humanité Affaiblissement de l’Etat de droit Pour Agnès Callamard, secrétaire générale de l’organisation basée à Londres, la situation actuelle dépasse une simple détérioration progressive: «Il ne s’agit plus d’une érosion aux marges du système, mais d’une attaque ouverte contre ses fondements.» Elle dénonce des acteurs puissants qui affaiblissent les institutions internationales et favorisent l’impunité, avec des conséquences majeures pour des millions de personnes. L’organisation souligne également un affaiblissement préoccupant de l’Etat de droit à l’échelle mondiale. Les sanctions visant la Cour pénale internationale, les critiques politiques contre les mandats de l’ONU et le retrait de certains accords internationaux en matière de désarmement et de droits humains contribuent à fragiliser les mécanismes de régulation internationale. Interview: Agnès Callamard, directrice d’Amnesty International: «Il y a un fossé entre ce que les gens savent sur Gaza et ce que les dirigeants osent en dire» Répression accrue et dérives sécuritaires Parallèlement, les atteintes à la société civile se multiplient. Selon Amnesty, les gouvernements intensifient la répression contre les médias indépendants, les militants et les mouvements de protestation. Dans de nombreux pays, les autorités recourent à des arrestations arbitraires, à une surveillance accrue et à l’usage extensif de lois sécuritaires ou antiterroristes pour contenir la contestation. Le rapport met aussi en lumière le rôle croissant des technologies dans cette répression. Outils de surveillance numérique, logiciels espions et dispositifs fondés sur l’intelligence artificielle sont de plus en plus utilisés pour cibler journalistes, militants et minorités. En parallèle, la réduction de l’aide internationale au développement aggrave les crises liées aux droits humains, notamment en matière de santé, de climat, de droits des femmes et de protection des personnes migrantes. Lire aussi: L’exil suisse des militants hongkongais d’Amnesty International Libertés publiques sous pression en Suisse En Suisse, Amnesty appelle les autorités à ne pas rester passives. «En tant que défenseuse du droit international, la Suisse doit adopter une position claire contre les pratiques autoritaires», affirme Alexandra Karle, directrice d’Amnesty Suisse. Elle appelle notamment à soutenir la Cour pénale internationale et à condamner systématiquement les violations du droit international. Sur le plan national, l’organisation s’inquiète d’un recul des libertés publiques. La liberté d’expression et le droit de manifester ont été particulièrement mis sous pression ces derniers mois, affirme Amnesty. Des restrictions accrues encadrent les manifestations, avec des procédures d’autorisation plus strictes et des coûts parfois élevés pour les organisateurs. Amnesty dénonce également des interventions policières jugées disproportionnées dans plusieurs villes, évoquant l’usage de techniques d’encerclement, de balles en caoutchouc, de matraques ou de gaz lacrymogène. Lire à ce sujet: Bon gré mal gré, Genève est la capitale de la manifestation pro-palestinienne Enfin, l’organisation alerte sur une pression croissante dans les milieux universitaires. Des étudiants ont fait l’objet de poursuites pour leur participation à des manifestations liées au conflit à Gaza, qualifié de «génocide» par Amnesty.
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