Le Temps
ÉDITORIAL. Le Conseil fédéral a présenté mercredi son projet de loi pour renforcer les exigences en fonds propres imposées à UBS, seule banque suisse d'importance systémique internationale depuis l’absorption de Credit Suisse. Malgré un lobbying intensif de la banque pour éviter ce tour de vis, le Conseil fédéral n’a pas reculé. Et c’est une bonne chose 16 octobre 2008, 19 mars 2023. Les deux dates ont marqué l’histoire collective suisse. L’une avec le sauvetage d’UBS par la Confédération et la BNS. L’autre avec le rachat de Credit Suisse par cette même UBS, avec les garanties de l’Etat. Deux événements traumatisants, le premier n’ayant pas empêché le second. En quinze ans, cela fait beaucoup. Cela fait trop, même. Pour le Conseil fédéral, la série doit s’arrêter là. Un troisième sauvetage d’une banque too big to fail est tout bonnement inenvisageable. En l’occurrence, il n’en reste qu’une, et c’est UBS. Une banque too too too big to fail , au vu du mastodonte né de la fusion entre les deux grands établissements bancaires, qui pèse deux fois le PIB de la Suisse. Or, «la question n’est pas de savoir si la prochaine crise aura lieu, mais quand». Pour la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, serrer la vis à UBS en édictant des règles n’est pas une option, mais une nécessité. Une responsabilité. Pour cela, il faut combler les lacunes de la réglementation. Même dans un pays libéral. Même dans un gouvernement à majorité de droite. Lire aussi: Le Conseil fédéral fait des concessions à UBS mais reste intraitable sur le point qui fâche Défendre les contribuables Parmi les mesures présentées mercredi, le gouvernement demande notamment à UBS de couvrir l’intégralité des participations qu’elle détient dans ses filiales étrangères par des fonds propres. Un no go pour UBS, qui a mis une pression d’enfer sur la ministre des Finances ces derniers mois pour qu’elle renonce à son projet. La banque a mené une campagne de lobbying inédite dans nos contrées. Allant jusqu’à menacer de quitter le pays pour des cieux moins stricts. Son patron, Sergio Ermotti, a également tenu des propos fort peu amènes à l’égard de la Saint-Galloise, cachant mal son animosité envers celle qu’il avait initialement encensée. Mais Karin Keller-Sutter a tenu bon. Elle, la libérale-radicale pur sucre, pourtant peu encline à la surréglementation. Dans ce dossier, depuis le début, elle défend les contribuables suisses, au risque de fâcher les milieux bancaires, de l’économie, et jusque dans son propre parti. Elle devra d’ailleurs convaincre le PLR de la soutenir jusqu’au bout. Car le dossier passe maintenant en mains du parlement. Et si les élus étaient unanimement choqués par la débâcle de Credit Suisse dans la foulée de sa disparition, mettant même en place une commission d’enquête parlementaire pour en tirer les conséquences, il n’est pas certain que les mesures du Conseil fédéral fassent l’unanimité. Mais il serait dommage d’avoir la mémoire courte et de les édulcorer. Deux sauvetages en quinze ans, c’est bien assez.
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