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Quand le cormoran se fait glouton, les pêcheurs restent sur leur faim
Le Temps

Quand le cormoran se fait glouton, les pêcheurs restent sur leur faim

Depuis quelques années, le loup occupe seul le rôle du grand prédateur controversé. Mais sur les lacs romands, un autre animal s’est imposé dans ce registre: le cormoran. Pour les pêcheurs, il est devenu ce que le loup incarne depuis longtemps pour les éleveurs: un prédateur protégé, visible et cristallisant des colères qui vont bien au-delà de sa seule présence Le jour se lève à peine sur le Léman, entre Céligny et Crans. Une lumière laiteuse glisse sur le petit lac, à peine ridé par une brise. Tout semble calme, suspendu. Jusqu’à ce que des silhouettes noires percent le ciel, au ras de l’eau. A bord de son canot en bois – construit en 1968 et racheté il y a une vingtaine d’années à un ami pêcheur –, Maxime Prevedello scrute la surface. «Ça mord», lâche le président de la Commission de la pêche à Genève, secrétaire de la Fédération des sociétés de pêche genevoises et aussi pêcheur amateur. La ligne se tend, un omble argenté surgit, frémissant. Puis le regard repart au large. «Eux, ils viennent de quitter leurs dortoirs et vont bientôt s’empiffrer.» A quelques centaines de mètres, une centaine de cormorans se réunissent et plongent en cadence. Disparaissent. Réapparaissent. Toujours avec une précision troublante. Au large de Crans-près-Céligny, une colonie entière s’active. Plus loin, vers Versoix, des arbres blanchis par leurs fientes leur servent de dortoirs. A 85 kilomètres, à vol d’oiseau, Claude Delley remonte ses filets sur le Zouzou, le plus grand bateau de pêche du lac de Neuchâtel. «Dans les années 1980, on était 80 pêcheurs professionnels et on sortait 180 à 200 tonnes de corégones (bondelle et féra) par an. L’an dernier, on était à moins de 11 tonnes. La chute s’est accélérée en 2017.» Baigné par le soleil naissant, il capture deux brochets qui ne couvriront pas les frais de la sortie. «Je devrais bosser jusqu’à ma mort, ma retraite ne suffira pas. Il vaut mieux être foutu dans la joie que dans la tristesse, même si ce n’est pas le sourire qui paie les factures!» plaisante-t-il. Il conserve son sens de l’humour même à l’égard de ce cormoran qui, depuis quelques jours, vient sécher ses ailes devant son ponton de Portalban, comme pour le narguer. «Je l’ai baptisé «Escrolo», en hommage aux organisations qui se battent contre la régulation de cette espèce.» Le rire est amer. Voir plus

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