Dakaractu
C'est lors d'une rencontre marquante, modérée par Mouhamadou Makhtar Cissé à la fois maître de cérémonie et invité de marque, que le colonel Amadou Tidiane Cissé a présenté son ouvrage, Le Banquet des minerais : l'échiquier africain au cœur de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Autour de lui, plusieurs personnalités de premier plan avaient fait le déplacement : le général Mbaye Cissé, ancien chef d'état-major général des armées, Alioune Tine, fondateur d'AfricaJom Center, ainsi que le Dr Ousmane Cissé, ancien directeur général de la SOMISEN. Tous ont écouté l'auteur exposer une thèse qui, visiblement, revêt d’une pertinence fondamentale : la guerre commerciale entre Washington et Pékin transforme l'Afrique en un vaste champ de confrontation. Alors que la transition énergétique mondiale suscite une demande effrénée en minerais stratégiques (cobalt, lithium, terres rares), le continent subsaharien se retrouve au cœur de toutes les convoitises. Pourtant, cette abondance de richesses ne profite guère aux populations locales. L’auteur souligne le paradoxe de cette Afrique qui souffre d'une pauvreté massive et chronique, tandis que ses sous-sols alimentent les batteries des véhicules électriques, l'industrie aéronautique et la défense des grandes puissances. Selon lui, la Chine contrôle depuis plusieurs décennies l'essentiel des gisements de minéraux critiques situés dans le bassin du fleuve Congo. Mais l'accord de paix historique récemment conclu entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous le parrainage des États-Unis, marque une inflexion. En effet, Washington entend désormais prendre sa part au « banquet des minerais ». Cette rivalité ne reste pas confinée aux salles de marché ou aux chancelleries. Sur le terrain, elle alimente directement les conflits armés et les foyers de tension, notamment en Afrique centrale et australe. Fort de son expérience de douanier, le colonel Cissé alerte sur les filières grises du trafic illicite de minerais, très actives en RDC. Ces trafics entretiennent un cercle vicieux : les superpuissances se livrent une guerre d'influence et d'approvisionnement, et les populations africaines en paient le prix, prisonnières d'une paupérisation liée aux violences. Face à ce constat, l'auteur ne se contente pas de dénoncer. Il plaide pour une valorisation locale de ces ressources stratégiques. En effet, chaque année, 10 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Si le continent parvenait à transformer sur place ses minerais, à investir dans des chaînes de valeur locales, il pourrait non seulement stimuler sa croissance, mais aussi lutter contre le chômage et la raréfaction des investissements. Tant que l'Afrique restera le simple théâtre des rivalités entre Américains et Chinois, sans prendre en main la gestion de ses richesses, elle continuera à perdre sur tous les tableaux. Le banquet des minerais est ouvert, mais jusqu'ici, ce sont surtout les grandes puissances qui s'y sont attablées. www.dakaractu.com
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