Le Temps
A Anniviers, le dézonage historique de 87 hectares bouleverse les propriétaires. Et ce n’est qu’un début. En Valais, 1080 hectares seront déclassés en zones non constructibles. Entre protection du paysage alpin et sacrifices, la LAT dessine le futur des communes suisses Le paysage alpin valaisan a connu une transformation profonde depuis 1980. L’éclosion de résidences secondaires a redessiné les abords des sommets. Cet étalement urbain aurait pu être bien plus vaste si la Suisse n’avait pas fait le choix, dès 1979, de préserver ses montagnes. Aujourd’hui, la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) entre dans une phase concrète, imposant de lourds sacrifices aux habitants installés depuis des générations. Le 27 avril, les citoyens de la commune d’Anniviers ont accepté l’interdiction de bâtir sur leurs terrains. Un choix fort qui se traduit par un dézonage massif: la commune va perdre près de la moitié de sa surface constructible, soit 46% de son territoire habitable, ce qui représente 87 hectares. Une perte de valeur sans dédommagement Au total, entre 1500 et 2000 parcelles basculent du statut de zone à bâtir à celui de zone non constructible pour une durée de quinze ans. Pour les propriétaires, cette décision représente une perte patrimoniale et sentimentale importante. La LAT ne prévoyant pas de dédommagement financier, de nombreux héritages s’évaporent. Malgré la tristesse et l’incompréhension, les débats se déroulent dans le calme. Selon le géographe Lionel Bagnoud, cette transition est nécessaire pour faire face à la démographie croissante. «Avec bientôt 10 millions d’habitants, les outils d’encadrement sont indispensables pour éviter le mitage du territoire et préserver les zones agricoles et naturelles», explique-t-il. Vers un développement compact et rationnel La loi impose désormais d’adapter les constructions au terrain et de privilégier la densité dans les villes. A Anniviers, où les résidences secondaires occupent déjà les trois quarts des logements, l’objectif est de concentrer les infrastructures pour limiter les coûts publics. Pionnière dans cette procédure, la commune s’est appuyée sur une vingtaine de critères objectifs – accessibilité, centralité et dangers naturels – pour définir ses nouvelles limites. Si le principe de la LAT a été validé par les urnes en 2013, son application concrète reste délicate. Le Conseil d’Etat valaisan peut encore intervenir pour modifier les plans, et la LAT devrait continuer à animer les débats politiques.
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