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Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique, a déclaré, au cours de la guerre de 40 jours de Ramadan contre la République Islamique d’Iran, qu’il ramènerait ce pays à « l’âge de pierre » en bombardant ses centrales, ses infrastructures et même ses ponts. Il ne s’agissait pas seulement d’une menace militaire ; c’était une manifestation achevée de barbarie politique et d’ignorance historique sous les habits de la puissance. Lorsqu’un président d’un pays dont l’existence politique remonte à la fin du XVIIIe siècle s’exprime ainsi au sujet de l’Iran, la question ne relève pas seulement de l’impolitesse politique ; elle révèle surtout une profonde méconnaissance historique et une ignorance de la civilisation plurimillénaire de l’Iran et de l’empire Perse. Les documents officiels américains eux-mêmes attestent que la fondation des États-Unis remonte à la Déclaration d’indépendance de 1776. Autrement dit, les États-Unis sont une Nation jeune, avec environ 250 ans d’existence politique. Cela ne diminue en rien l’importance des États-Unis dans le monde contemporain. C’est une grande puissance dans les domaines économique, technologique, médiatique et militaire. Mais le problème commence lorsqu’une puissance émergente s’arroge le droit de mépriser l’histoire. C’est précisément l’erreur de Trump : il a cru que celui qui possède les moyens de destruction a aussi le droit de juger de la dignité civilisationnelle des autres peuples. Or, l’Iran n’est pas un terrain vide pour les fanfaronnades de politiciens récemment arrivés au pouvoir. C’est l’un des plus anciens foyers de civilisation au monde : une terre qui, bien avant même que les États-Unis n’existent, avait déjà connu l’État, la nation, l’administration, l’architecture, la philosophie, la poésie, les systèmes de gouvernance et l’expérience d’un empire multiethnique. On ne peut comprendre l’Iran à l’aune du calendrier politique de Washington ; il faut le mesurer à l’échelle de l’histoire. Alors que les États-Unis n’étaient pas encore nés, Cyrus le Grand rédigeait l’un des premiers « textes de droits humains ». Aujourd’hui encore, le Cylindre de Cyrus est reconnu comme un document historique majeur, conservé au British Museum et évoqué comme une première déclaration des droits humains, symbole inscrit dans la mémoire universelle. Ce que Trump et ceux qui lui ressemblent ne comprennent pas, c’est la différence entre détruire et anéantir. Une armée peut ravager une ville, détruire des infrastructures, brûler des ressources ou paralyser des réseaux ; mais une civilisation ne peut être anéantie par des missiles et des bombardements. Par ailleurs, Une civilisation vit dans la mémoire historique des peuples, dans la langue, l’art, la poésie, les mythes et la transmission générationnelle. C’est précisément ainsi que l’Iran a survécu. Si l’Iran n’était qu’un régime politique, il aurait peut-être disparu au cours des innombrables invasions de l’histoire. Mais l’Iran est une continuité civilisationnelle. Alexandre est venu, les Mongols ont venus, la destruction est venue, les guerres et les occupations se sont succédées mais l’Iran est resté. La raison est claire : un peuple doté d’une mémoire civilisationnelle peut être blessé, mais il ne disparaît pas. C’est là que le langage de menace américain se heurte au mur de l’histoire iranienne et s’y brise. C’est ici que se révèle le fossé entre deux visions du monde :l’une voit la grandeur dans la construction et l’autre voit la grandeur dans la menace de destruction. L’Iran, malgré toutes ses blessures, est connu dans le monde à travers des figures comme Ferdowsi, Hafez, Saadi, Zakariya Razi, Biruni, Khayyam, Avicenne, à travers son architecture achéménide, ses traditions de gouvernance, sa langue persane et sa mémoire historique. Ce sont des réalités qu’aucun président en colère ne peut renvoyer à « l’âge de pierre » par un discours télévisé ou un message sur les réseaux sociaux. Ce qui appartient réellement à l’âge de pierre, ce n’est pas l’Iran, mais cette mentalité d’exclusion qui croit devoir menacer ce qu’elle ne comprend pas. Trump peut s’appuyer sur la plus grande machine militaire du monde, mais cela ne lui donne pas le droit de parler des civilisations avec un langage de brutalité politique. Celui qui ne comprend pas l’histoire d’un peuple, même s’il dispose d’arsenaux immenses, ne révèle au fond qu’une chose : la pauvreté de sa compréhension historique. Une civilisation ne se mesure pas à la puissance du moment mais plutôt incarne une harmonie entre géométrie, spiritualité et beauté comme Persépolis, les mosquées, les jardins persans, les arts décoratifs, et ses 23 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO ne peuvent être détruite par la force. Un pays né hier ne peut dicter une leçon de mépris civilisationnel à un peuple porteur d’une mémoire millénaire. Insulter l’Iran, ce n’est pas insulter un gouvernement ou un courant politique ; c’est insulter l’histoire. C’est insulter un peuple qui porte une part de la mémoire civilisationnelle de l’humanité et qui a apporté des contributions majeures au monde. Quiconque ignore cette vérité pourra peut-être faire les gros titres pendant un temps, mais dans le jugement de l’histoire, il ne sera pas reconnu comme une grande figure, mais comme un politicien qui possédait le langage de la puissance sans posséder la conscience de la civilisation. La réponse de l’Iran à une telle insolence doit être claire, ferme et sans détour : vous pouvez peut-être bombarder, mais vous ne pouvez pas créer l’histoire ; vous pouvez peut-être menacer, mais vous ne pouvez pas humilier une civilisation . La civilisation iranienne est une civilisation dont l’ancienneté remonte à des millénaires ; les savants ont posé les fondements de la science et que les poètes ont élevé l’âme humaine. Cette civilisation n’appartient pas seulement à un territoire, mais à l’héritage de l’humanité tout entière : un récit de pensée, de beauté et d’humanité, toujours vivant et durable. Hassan Asgari Ambassadeur de la République islamique d’Iran – Dakar www.dakaractu.com
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