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Bilatérales III: évitons le piège de la double majorité
Le Temps

Bilatérales III: évitons le piège de la double majorité

ÉDITORIAL. Le parlement pourrait imposer l’épreuve de la double majorité au paquet d’accords avec l’UE. Un choix institutionnel lourd de conséquences: quelques cantons clés décideraient alors seuls de l’orientation européenne de la Suisse, au risque de reléguer une grande partie des électeurs au rôle de spectateurs Les Suisses ne devraient pas voter sur le dossier européen avant 2028, mais le sort des bilatérales III se joue déjà maintenant. La tension monte au Palais fédéral, où le parlement pourrait contrecarrer la volonté du Conseil fédéral et soumettre le paquet d’accords au référendum obligatoire, soit à la majorité du peuple et des cantons. Une étape importante a été franchie cette semaine. Mercredi, la Commission des institutions politiques du Conseil des Etats a accepté de justesse une initiative parlementaire en faveur de cette double majorité. Les discussions sous la Coupole promettent d’être aussi longues qu’incertaines. Le suspense est à la hauteur de l’enjeu. Le mode de scrutin pèsera lourd sur les chances du paquet d’accords devant le peuple. Les experts estiment que dans une votation européenne, pour l’emporter avec la majorité des cantons, il faut 55% de oui. Lire aussi: Suisse-UE: victoire d’étape pour les partisans de la double majorité Ce n’est pas tout. Cette double majorité modifiera considérablement la campagne. Celle-ci se concentrera alors sur quelques cantons «charnières» susceptibles, à l’image des swing states américains, de basculer dans un camp ou dans l’autre. Ils sont déjà identifiés: Saint-Gall, Lucerne, Soleure, Argovie et les Grisons. Le résultat y sera déterminant. Il ne le sera pas en Suisse romande, réduite au rôle de spectatrice. Il ne le sera pas non plus dans les grandes villes, encore moins dans les régions comme Zurich, Bâle et l’Arc lémanique, garantes de la prospérité économique de la Suisse. Votation confisquée La double majorité demeure l’un des piliers de la stabilité helvétique, offrant une protection aux petits cantons de montagne. C’est un instrument fort de notre fédéralisme, mais qui implique une profonde entorse au sacro-saint principe démocratique de l’égalité du vote, la voix d’un Appenzellois pouvant peser 40 fois plus que celle d’un Zurichois. Il n’est pas exagéré de dire que la votation sur les bilatérales III aura une portée historique. Elle définira la place de la Suisse en Europe pour plusieurs décennies, dans un contexte de profonds bouleversements géopolitiques. Il est donc essentiel que le débat ne soit pas confisqué par une poignée de cantons, mais concerne pleinement chaque citoyen et citoyenne de ce pays.

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