Le Temps
S’il est apparu marqué par des années de procédure et de traitements médicaux, le fondateur de la société spatiale Swiss Space Systems ne désarme pas. Pour son audition devant le Tribunal pénal économique de Fribourg, ce lundi, Pascal Jaussi a contesté point par point les accusations d’escroquerie et la thèse de la mise en scène de son agression Au premier jour de son procès, la semaine dernière, Pascal Jaussi était resté silencieux, prenant soigneusement des notes. Ce lundi, pour la reprise de l’audience, le fondateur de l’entreprise Swiss Space Systems (S3) a pu longuement s’exprimer devant le Tribunal pénal économique de Fribourg. L’homme de 49 ans est apparu atteint, fragilisé par des années de traitements médicaux lourds et de passages en clinique psychiatrique «pour retrouver le sommeil». Ses notes toujours posées sur ses genoux, il a souvent cherché ses mots, se montrant tour à tour précis ou brouillon. Intarissable quand on lui demande de décortiquer les rouages de sa société, Pascal Jaussi se laissera envahir par l’émotion au moment d’évoquer sa famille. «Mes enfants ont aujourd’hui 11 et 13 ans, ils vont sur internet et demandent après à leur père pourquoi il est un menteur et un manipulateur», murmure le Chaux-de-Fonnier d’origine, au bord des larmes. Les faits reprochés à cet ingénieur, qui promettait de démocratiser l’espace avec un système de lancement réutilisable de minisatellites, sont aussi lourds que l’affaire fut retentissante. Le Ministère public le soupçonne d’avoir mis en scène sa propre agression le 26 août 2016. Ce jour-là, il avait été retrouvé molesté et brûlé dans une forêt de la Broye fribourgeoise. Selon l’accusation, cette mise en scène visait à retarder la faillite de S3, qui se montera finalement à 30 millions de francs (un chiffre contesté ce lundi par Pascal Jaussi). Toujours pour retarder l’échéance, le prévenu aurait de plus trompé plusieurs partenaires d’affaires en détournant leur argent, grâce entre autres à l’usage de faux documents bancaires. L’entrepreneur est également accusé d’avoir vendu des billets pour des vols en apesanteur, dits «Zero G», qui n’auront jamais lieu. Lire aussi: «Manipulateur» ou «victime», le procès de Pascal Jaussi s’ouvre sur un choc des récits Après dix longues années d’instructions, son audition était très attendue. Face aux juges, l’ex-patron de S3 a une nouvelle fois rejeté toutes les accusations, maintenant avoir été agressé. Il a dénoncé l’acharnement du Ministère public à imposer la thèse de la mise en scène. «Depuis dix ans, tout le monde a suivi ce qui était présenté comme l’intime conviction du procureur. Il n’y a eu aucune place pour le doute sur le fait que, peut-être, j’aurais bien été une victime», a regretté le prévenu. Ce dernier remet ainsi en cause les conclusions tirées de la vidéo de la reconstitution de l’agression, qu’il qualifie d'«expérimentation partielle effectuée sans les données médicales nécessaires». A relever qu’en ouverture d’audience, le tribunal avait refusé la demande de récusation du procureur général Raphaël Bourquin déposée par la défense. «Visionnez cette vidéo!» Depuis des années, Pascal Jaussi demande une expertise indépendante de cette vidéo qui démontrerait que la version du procureur, selon laquelle il se serait lui-même brûlé par un retour de flammes, ne tenait pas. «Visionnez cette vidéo! Visionnez cette vidéo! Je ne demande rien de plus», a lancé le presque quinquagénaire aux juges. Sur le volet économique de l’affaire, là encore, l’ancien patron de S3 dénie toute responsabilité. Il évoque un haut cadre de l’entreprise qui aurait engagé la société à plusieurs reprises sans son accord. Il détaille encore comment un financier iranien aurait effectué des affaires dans son dos, après avoir pris le contrôle de 90% de S3 Solutions. Il s’agit justement de la filiale qui s’occupait de la commercialisation des vols Zero G. Lire aussi: Surnommé «l'Elon Musk suisse», Pascal Jaussi sort de son silence: «Je veux démontrer mon innocence de manière complète» Le prévenu l’a enfin assuré, il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. Il justifie la faillite par des désaccords avec des investisseurs sur de potentiels débouchés militaires des activités de S3. Il fait remarquer qu’aucune des grandes banques ou assurances partenaires ne s’est portée partie plaignante. Questionné sur la gestion financière, l’ingénieur préfère souvent répondre sur son terrain de prédilection, la technologie. Il s’éternise avec passion sur l’antenne que S3 avait au Kennedy Space Center à Orlando, les négociations avec les autorités espagnoles en vue de lancer les satellites depuis les îles Canaries ou avec la Russie pour obtenir des moteurs de missiles balistiques. Au terme de cette deuxième journée d’audience, le mystère entourant l’affaire demeure. La suite du procès permettra peut-être de lever un peu le voile. Il faudra néanmoins se montrer patient. Il ne reprendra que le lundi 1er juin, avec le réquisitoire du Ministère public, qui devrait présenter une version diamétralement opposée à celle de l’accusé.
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