Le Temps
De l’arrivée des ouvriers italiens en 1870 pour bâtir le pays à une limite à 10% d’étrangers réclamée par Schwarzenbach en 1970, jusqu’au grand virage de la libre circulation en 2000: la Suisse s’est construite grâce à l’immigration, tout en la redoutant. Le 14 juin, le peuple est invité par l’UDC à s’exprimer sur l’avenir de ses frontières. Avec 28% d’étrangers (près de 2,5 millions de personnes), la Suisse affiche un des taux les plus élevés d’Europe. De Schwarzenbach à la libre circulation Si la première vague d’immigration économique moderne remonte aux ouvriers italiens de 1870, celle-ci a souvent cristallisé les tensions. En 1970, l’initiative xénophobe de James Schwarzenbach visant à plafonner les étrangers à 10% échouait, mais imposait un système de quotas. La Suisse prend le virage inverse trente ans plus tard: le 21 mai 2000, le peuple approuve l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Finis les quotas: tout citoyen de l’UE trouvant un emploi peut s’installer. Les Italiens, les Allemands, les Portugais et les Français s’y établissent en masse. Le cap contraignant des 9,5 millions La libre circulation des personnes transforme l’immigration, devenue plus diplômée, urbaine et forte d’un solde moyen de 60 000 personnes par an. En graphiques En graphiques – «Pas de Suisse à 10 millions!»: au-delà du slogan, que disent réellement les chiffres? Face à cette hausse, l’UDC fait accepter en 2014 son initiative «Contre l’immigration de masse». Un texte finalement édulcoré par le parlement, via une «préférence indigène» pour ménager l’Union européenne. Exaspéré, le parti conservateur dégaine en 2023 une nouvelle initiative au seuil strict. Concrètement: modifier la Constitution pour limiter l’asile (dont relèvent 9,3% des étrangers actuels), les séjours temporaires et le regroupement familial (26% des motifs d’immigration) dès 9,5 millions d’habitants. Si le cap des 10 millions est franchi avant 2050, l’accord sur la libre circulation des personnes devra être dénoncé. Le paradoxe helvétique: infrastructures ou retraites? Le vote du 14 juin pointe un paradoxe. D’un côté, le Dichtestress – le stress lié à la surpopulation – pointé par l’UDC: la saturation des transports, des logements et des infrastructures face à la densité. De l’autre, l’économie et les syndicats qui s’alarment. Lire aussi: Le «Dichtestress», ou le succès d’un marketing politique sur fond de réel malaise social En effet, selon l’OFS, 53% des étrangers exercent une activité lucrative, essentielle tant dans l’ingénierie, la santé ou l’informatique que dans l’hôtellerie-restauration et la construction. Avec un taux de fécondité de 1,29 enfant par femme, trois actifs suffisent à peine à soutenir un retraité. Plus jeunes (âge médian de 38,2 ans contre 46,1 pour les Suisses), ces migrants participent au financement du système de solidarité, qui s’effondrerait sans eux. Sans ces nouveaux entrants, l’AVS ne survivrait pas au départ des baby-boomers. Le verdict des urnes fixera l’équilibre que la Suisse est prête à assumer.
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