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Suisse à 10 millions: «La ville est diabolisée, alors que ce sont les maisons individuelles qui font le plus de mal à l’environnement» | Collector
Suisse à 10 millions: «La ville est diabolisée, alors que ce sont les maisons individuelles qui font le plus de mal à l’environnement»
Le Temps

Suisse à 10 millions: «La ville est diabolisée, alors que ce sont les maisons individuelles qui font le plus de mal à l’environnement»

CHRONIQUE. L’initiative de l’UDC fustige les centres urbains qui, sous la pression de la migration, détruiraient le paysage. En réalité, ce sont les habitations en pleine campagne qui nuisent le plus aux verts pâturages. Notre chroniqueuse interroge cette méprise longtemps entretenue par les associations de protection de la nature Le chantier d’une ville en construction qui dévore un petit village bucolique, avec son église rouge et blanc et ses toits colorés. Dans le cadre de son initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», le message de l’UDC est clair: si on veut préserver le paysage, notre symbole national, il faut freiner l’immigration qui, en faisant enfler les villes, pèse sur la nature. Le postulat séduit les citoyens saturés, mais il est erroné. «Les types d’aménagement les plus problématiques pour l’environnement ne sont pas ceux liés aux villes, mais ceux qui impliquent une fragmentation du paysage, comme les maisons individuelles et l’urbanisation de faible densité. Ils engendrent non seulement un gaspillage du sol, mais aussi d’énergie en augmentant les déplacements individuels», assène Joëlle Salomon Cavin, professeure de géographie environnementale et urbaine à l’Université de Lausanne. Qui, dans cette interview publiée par Le Courrier , en déduit: «Comme les personnes qui arrivent de l’étranger ont tendance à habiter dans les parties denses et urbaines de la Suisse, le lien entre immigration et destruction du paysage doit être déconstruit.» Lire aussi: «Nous ne sommes pas un musée»: face à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», les Grisons craignent pour leur survie Le revirement de Pro Natura Eh oui. Difficile à admettre pour les gens qui s’exilent en pleine nature et chérissent de tout leur cœur cet environnement bucolique: entre leur emprise au sol et leurs déplacements fréquents, ils font plus de mal à ce paysage adoré que les habitants des cités bétonnées. Ce constat est si contre-intuitif que même les associations de protection de la nature sont tombées dans le panneau. Logiquement, dès leur création, ces structures ont d’abord blâmé l’urbanisation avant de réaliser l’effet paradoxal du mitage du territoire. Dès lors, dans les années 1990, des associations de protection de l’environnement, comme Pro Natura ou le WWF, ont commencé à s’intéresser aux villes. Elles ont prôné le vivre-ensemble dans un urbanisme doux, intégré, tout en soulignant les côtés négatifs de la vie en périphérie, comme la dépendance à la voiture et un accès moindre à la vie sociale. L’UDC se trompe de cible Malgré la réalité scientifique de cette observation, les défenseurs de l’environnement rechignent à l’appliquer pour eux-mêmes. En menant une enquête auprès de ses membres, Campain to Protect Rural England , association anglaise équivalente à Pro Natura, a ainsi constaté, il y a quelques années, que la plupart de ces sympathisants habitaient des maisons individuelles en périphérie de la ville, note la géographe. On arrive donc à ce paradoxe cruel, voire tragique: s’ils sont cohérents, les amoureux de la nature doivent la quitter pour la protéger. Lire aussi: «Il serait très difficile de faire fonctionner un hôpital sans nous»: à Morges, le personnel étranger est une question de survie Et, dans la même idée, l’UDC doit reconfigurer son discours. Puisque les nouveaux arrivants de la migration se logent essentiellement dans les villes, l’UDC, si soucieuse de ce fleuron national qu’est la nature, doit pointer les vrais responsables de la dégradation des paysages: les habitants des maisons individuelles, en pleine campagne ou dans les petits villages. Précédente chronique: «Je ne me suis jamais sentie aussi libre et joyeuse!» Etre quittée, même à plus de 50 ans, ne provoque pas forcément tristesse et apitoiement

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