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La Suisse, ce Monaco des Alpes
Le Temps

La Suisse, ce Monaco des Alpes

CHRONIQUE. Dès 2012, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga mettait en garde: l’immigration qui faisait prospérer l’économie devait pousser le pays à réformer la concurrence fiscale ou l’aménagement de son territoire; seulement voilà, le pays n’avance que sous la pression, écrit notre chroniqueur Yves Petignat Quand on est incapable de comprendre le passé, on est contraint de le revivre. Chacun de nous connaît le dicton. A huit jours de la votation sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», le constat est amer: nous n’avons rien retenu du débat qui a précédé le vote du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse». C’était il y a 12 ans. Les mêmes constats, les mêmes arguments et très possiblement – encore que les derniers sondages montrent une hausse du non – le même résultat. Alors, sans doute, les mêmes absences de solution. Pénurie de logements, transports bondés, Dichtestress ou stress de la surpopulation, rien de nouveau. Certains, les plus jeunes, les découvrent, d’autres font semblant. Personne ne pouvait pourtant ignorer ce constat. Lire aussi: Le «Dichtestress», ou le succès d’un marketing politique sur fond de réel malaise social On ne peut pas affirmer que personne n’avait soulevé ces questions depuis près de deux décennies. A cet égard, il faut relire le remarquable et prémonitoire discours de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga tenu le 23 avril 2012 lors du 22e Europa Forum de Lucerne, consacré aux problèmes migratoires. «Allons-nous transformer la Suisse en un grand Monaco?» avait mis en garde la ministre de la Justice de l’époque. Nous étions en train de transformer le pays en un paradis réservé exclusivement aux très hauts revenus et aux exilés fiscaux, au détriment des classes moyennes et populaires, selon elle. Elle dénonçait le bétonnage sans retenue et les lacunes de l’aménagement du territoire accélérant les grandes concentrations urbaines. Lire aussi: «Il faut plus de courage politique»: pour résoudre la pénurie de logements, le milieu immobilier tourne son regard vers les élus L’économie appelée à la rescousse Mais surtout, elle critiquait la concurrence fiscale effrénée entre les cantons et la course à la spéculation foncière. Ajoutant: «La politique d’immigration actuelle de la Suisse est fortement influencée par les besoins du marché, notamment ceux du marché du travail. Si cette situation perdure, ce «marché» – c’est-à-dire l’économie – doit démontrer rapidement et de manière convaincante qu’il est lui aussi disposé et capable de contribuer à une immigration socialement responsable.» Lire aussi: «La barque n’a toujours pas coulé», lettre de lecteur Pour la ministre, l’immigration devait servir de levier pour obliger la Suisse à entreprendre des réformes intérieures indispensables, notamment en matière de formation, de marché du travail et de politique fiscale, et non pas seulement pour satisfaire les besoins immédiats de l’économie. «Ce n’est pas l’espace qui manque, c’est la volonté politique de ne pas laisser les lois du marché décider seules de l’équilibre du pays», avait-elle conclu. On peut comprendre qu’une majorité, à droite et dans les milieux économiques, ait préféré dévaluer ce discours. Et refuse de s’en souvenir. Un pays qui avance à reculons Comme nous l’a démontré l’affaire des fonds juifs en déshérence, dans les années 1990, la fin du secret bancaire ou l’abolition du statut fiscal privilégié des entreprises et sociétés, la Suisse est un pays de réaction. Elle ne se réforme que sous la pression ou la menace. En l’occurrence des Etats-Unis et de nos voisins européens. Pas plus qu’après le 9 février 2014, on ne peut guère espérer que, au lendemain d’un oui éventuel à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», elle entreprenne d’elle-même les réformes souhaitées par Simonetta Sommaruga. Nous sommes dans un pays où avoir une vision d’avenir vous renvoie, au mieux, chez l’oculiste. Le 14 juin n’y changera rien.

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