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«Une intelligence hors du commun»: le monde politique suisse salue l’œuvre de Jean Ziegler | Collector
«Une intelligence hors du commun»: le monde politique suisse salue l’œuvre de Jean Ziegler

«Une intelligence hors du commun»: le monde politique suisse salue l’œuvre de Jean Ziegler

De Genève à Berne, le monde politique rend un vibrant hommage à Jean Ziegler, conscient que l’œuvre et le parcours du grand intellectuel ont marqué le pays L’histoire réserve parfois des timings saisissants. Jean Ziegler est mort mercredi à Genève, à l’âge de 92 ans, et à quelques jours d’un week-end qui fera de la cité l’épicentre de la contestation altermondialiste. Du bout du Léman aux confins de l’Oberland, de la gauche à la droite de l’échiquier politique, les hommages affluent, unanimes, pour saluer un «homme remarquable». «Ce qui m’a peut-être le plus impressionné chez lui, c’est son influence sur des générations d’étudiants», tient à relever la première présidente de la Confédération, la socialiste Ruth Dreifuss. «À travers ses cours brillants, Jean a su leur ouvrir les yeux sur la complexité du monde, sur les inégalités, les guerres et le pouvoir des entreprises multinationales. Ce sont des adultes qui, aujourd’hui, transmettent son message de résistance et continuent son combat», ajoute cette autre figure de la gauche suisse. Lire aussi: Jean Ziegler, guérilléro de la sociologie et maître à penser des résistances, est mort Intelligence «hors du commun» Sur les réseaux sociaux, de nombreux élus socialistes ont tenu à rendre hommage à leur «camarade» au sein du parti à la rose. «Jean Ziegler nous a appris que la neutralité ne dispense jamais de défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux. Son courage intellectuel et son engagement en faveur de la justice sociale continueront d’inspirer notre parti», écrivent Amanda Gavilanes et Cyril Mizrahi, coprésidents du PS genevois. «Il a marqué son époque», a insisté la nouvelle présidente du Conseil d’Etat genevois, Anne Hiltpold, en présentant les condoléances du gouvernement à sa famille. Incontestablement, le rayonnement de Jean Ziegler se diffusait largement au-delà de son camp politique. Ancien président de la Confédération lui aussi, l’UDC Adolf Ogi l’a «très bien connu». D’abord en tant que parlementaire sous la coupole fédérale dans les années 1980, puis à travers leurs mandats respectifs pour le compte de l’ONU au début du millénaire. «Jean disposait de qualités de cœur exceptionnelles. Il avait une intelligence, intellectuelle mais aussi sociale, hors du commun», témoigne-t-il par téléphone. Les deux hommes ont développé une affection particulière, se comprenaient «par un simple sourire». «Je crois bien qu’il a voté pour moi lors de mon élection au Conseil fédéral», confie le natif de Kandersteg. Adolf Ogi souligne que Jean Ziegler n’a «jamais oublié» ses racines bernoises. Son grand-père, Fritz Walther, fut l’un des fondateurs du PAB, (Parti des paysans, artisans et bourgeois), ancêtre de l’UDC. «Une amitié paradoxale» À Genève, Charles Poncet entretenait «une amitié paradoxale» avec Jean Ziegler. L’avocat et le sociologue se sont rencontrés dans les arcanes de la société estudiantine Zofingue, dont ils étaient membres. «Politiquement, nous n’étions évidemment d’accord sur rien, sauf à désigner qui étaient les cons, de gauche comme de droite», se marre-t-il. Une fois élus au Conseil national, le libéral et le socialiste ont pris l’habitude de se retrouver pour dîner dans des trattorie à proximité de la place fédérale «en cachette de leurs groupes respectifs». «Jean était proche des gens, profondément suisse», ajoute Charles Poncet. De ses relations avec certains régimes dictatoriaux, comme la Corée du Nord ou le Zimbabwe, l’avocat entrevoit «une capacité illimitée à se faire des illusions». «Son ADN», poursuit-il, c’était «la lutte contre le banditisme bancaire international», comme il l’appelait. Une rencontre en 2024: Quand Jean Ziegler ne voulait plus parler du «Che» Autre ténor du barreau genevois, Marc Bonnant se souvient d’avoir «plaidé contre lui et regretté d’avoir gagné» dans une affaire de diffamation concernant une banque. «Très affecté» par la disparition «ce grand homme à l’intelligence courageuse», l’avocat se souvient d’un débat public sur le rôle de l’intellectuel en présence de l’écrivain et philosophe français Régis Debray. C’était en 2014 sur les planches du théâtre de Carouge. Une véritable bataille des idées entre des amis, véritables eux aussi, par-delà leurs opinions politiques respectives. «Il est une ligne d’horizon où les convictions s’abandonnent et les intelligences s’étreignent», croit Marc Bonnant. Indéniable, au vu de la diversité des hommages, ce 10 juin 2026.

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